Le blog de marseille5

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lundi 15 mars 2010

Jean Ferrat, "Ma France", 1969

De plaines en forêts de vallons en collines Du printemps qui va naître à tes mortes saisons De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche Quelque chose dans l'air a cette transparence Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige Elle répond toujours du nom de Robespierre Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines Celle qui construisit de ses mains vos usines Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes De dire qu'il est temps que le malheur succombe Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs En remplissant l'histoire et ses fosses communes Que je chante à jamais celle des travailleurs Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain Ma France

Qu'elle monte des mines descende des collines Celle qui chante en moi la belle la rebelle Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines Celle de trente-six à soixante-huit chandelles Ma France

La crise ? Connait pas ...

For the third time in three years, the world has a new richest man.

Riding surging prices of his various telecom holdings, including giant mobile outfit America Movil ( AMX - news - people ), Mexican tycoon Carlos Slim Helu has beaten out Americans Bill Gates and Warren Buffett to become the wealthiest person on earth and nab the top spot on the 2010 Forbes list of the World's Billionaires.

Slim's fortune has swelled to an estimated $53.5 billion, up $18.5 billion in 12 months. Shares of America Movil, of which Slim owns a $23 billion stake, were up 35% in a year.

That massive hoard of scratch puts him ahead of Microsoft cofounder Bill Gates, who had held the title of world's richest 14 of the past 15 years.

Gates, now worth $53 billion, is ranked second in the world. He is up $13 billion from a year ago as shares of Microsoft rose 50% in 12 months. Gates' holdings in his personal investment vehicle Cascade also soared with the rest of the markets.

Buffett's fortune jumped $10 billion to $47 billion on rising shares of Berkshire Hathaway. He ranks third.

The Oracle of Omaha shrewdly invested $5 billion in Goldman Sachs and $3 billion in General Electric amid the 2008 market collapse. He also recently acquired railroad giant Burlington Northern Santa Fe for $26 billion.

In his annual shareholder letter Buffett wrote, "We've put a lot of money to work during the chaos of the last two years. When it's raining gold, reach for a bucket, not a thimble."

Many plutocrats did just that. Indeed, last year's wealth wasteland has become a billionaire bonanza. Most of the richest people on the planet have seen their fortunes soar in the past year.

This year the World's Billionaires have an average net worth of $3.5 billion, up $500 million in 12 months. The world has 1,011 10-figure titans, up from 793 a year ago but still shy of the record 1,125 in 2008. Of those billionaires on last year's list, only 12% saw their fortunes decline.

U.S. billionaires still dominate the ranks--but their grip is slipping. Americans account for 40% of the world's billionaires, down from 45% a year ago.

The U.S. commands 38% of the collective $3.6 trillion net worth of the world's richest, down from 44% a year ago.

Of the 97 new members of the list, only 16% are from the U.S. By contrast, Asia made big gains. The region added 104 moguls and now has just 14 fewer than Europe, thanks to several large public offerings and swelling stock markets.

The new billionaires include American Isaac Perlmutter, who flipped Marvel Entertainment to Disney for $4 billion last December. The Spider-Man mogul netted nearly $900 million in cash and 20 million shares of Disney in the transaction.

Also new to the ranking: 27 billionaires from China, including Li Shufu, whose automaker, Geely, announced plans to buy Swedish brand Volvo from Ford in December. The deal is expected to close in March 2010.

Finland and Pakistan both welcomed their first billionaires.

For the first time China (including Hong Kong) has the most billionaires outside the U.S. with 89.

Russia has 62 billionaires, 28 of them returnees who had fallen off last year's list amid a meltdown in commodities. Total returnees to the list this year: 164.

Eleven countries have at least double the number of billionaires they had a year ago, including China, India, Turkey and South Korea.

Thirty members of last year's list fell out of the billionaire's club. Moguls who couldn't make the cut: Iceland's Thor Bjorgolfsson, Russia's Boris Berezovsky and Saudi Arabia's Maan Al-Sanea.

Another 13 members of last year's list died. Among the deceased: real estate developer Melvin Simon and glass tycoon William Davidson.

mercredi 3 mars 2010

Enseignement supérieur et Recherche : le débat

Le débat souligne les responsabilités de la Région pour défendre le Service public.

27 février 2010

Le lieu ne pouvait être mieux choisi pour débattre de l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche que cet amphithéâtre de la faculté St Charles à Marseille dédié à la mémoire d’Yvan Massiani, cet inlassable militant du droit à la connaissance trop tôt disparu.

Un amphi bien rempli par une centaines d’enseignants, de chercheurs, de personnel techniques, d’étudiants venus débattre avec des candidats de la liste du Front de Gauche, dont Anne Mesliand, tête de liste dans les Bouches-du-Rhône et Alain Hayot, Vice-Prési­dent du Conseil régional en charge de la Recherche. Introduisant l’échange, Anne Mesliand a brossé une situation très dégradée des universités qui « courent des risques majeurs ». Elle met en accusation la loi LRU qui fait entrer « les logiques de privatisation » dans l’enseignement supérieur. Dans ce contexte, « les Régions peuvent-elles résister à ces politiques ? » se demande la candidate.

50 millions par an

En charge du dossier au Conseil régional, Alain Hayot rappelle que la région « a investi 400 millions d’euros depuis 1998, dont 50 millions par an dans les quatre dernières années ». Des efforts qui se sont portés en priorité « sur la vie étudiante, la recherche, la culture scientifique ». « Nous avons défini cette politique comme étant en soutien au service public de l’Enseignement supérieur et de la recherche », ajoute-t-il. Mais « aujourd’hui, nous sommes entraînés dans des processus qui sortent du Service public. Nous ne pouvons pas continuer comme s’il ne se passait rien ». Il considère « avoir été confronté à des décisions de caractère politique difficile ». Par exemple sur le dossier de la fusion des trois universités provençales, conçu de manière peu démocratique et qui ne s’arcboute pas « sur un projet scientifique ». Ou encore sur le plan Campus du gouvernement qui créé les conditions « d’un partenariat public privé et engage ainsi un processus de privatisation ». Pour Alain Hayot « cela montre qu’il faut refuser d’entrer dans la co-gestion avec les politiques gouvernementales ».

La galère du quotidien des étudiants

« Nous ne voulons pas du privé à l’université », témoigne une syndicaliste qui décrit « la grande précarité de l’emploi notamment parmi le personnel technique ». Elle s’inquiète de certaines prises de position de la liste socialiste sur le sujet. « Je me pose la question du deuxième tour », lance-t-elle. Un jeune étudiant, responsable de l’UEC, raconte « la galère du quotidien » des étudiants. La plupart « travaillent, souvent dans des boulots les plus « pourris » pour des salaires de misère ».

Pour l’astronome Jacques Boullesteix qui qualifie « le plan Campus d’escroquerie », « l’Université et la recherche ont besoin d’être soutenu par l’ensemble de la population. Le soutien des collectivités locales est donc essentiel. » Un enseignant-chercheur à l’Ecole centrale de Marseille souligne que les tenants de l’ordre libéral souhaitent « une économie de la connaissance la plus compétitive possible. C’est qu’il il y a du fric à faire. Aussi on casse tout ce qui est collégialité pour le remplacer par une gestion managériale ».

Candidat sur les listes du Front de Gauche, Philippe Blache, directeur d’un laboratoire de linguistique, dénonce lui aussi « l’éclatement de toutes les structures collectives » qui « remet en cause nos propres vocations ». Également candidat, l’économiste Jean-Paul Moatti considère « qu’un scientifique est payé pour produire un bien public qu’il s’agit de mettre à la disposition de l’humanité. C’est le contraire de la loi du marché. » Dénonçant « un capitalisme de prédation », il s’en prend « à la politique de démantèlement des organismes de recherche français » et accuse « la précarité grandissante de l’emploi scientifique. C’est un gâchis phénoménal ».

Pour Alain Hayot, la politique régionale ne peut en aucune façon « remettre en cause la compétence régalienne de l’État en matière d’enseignement supérieur ». Mais cette politique sera surtout fonction « du rapport de force politique qui se construit dans les urnes ». S’il considère que « la Gauche va gagner », il se prononce « contre tout compromis boiteux entre les deux tours. (…) Nous allons nous battre pendant tout le mandat pour la ligne politique que nous défendons ».

Christian Digne (La Marseillaise, le 27 février 2010)

Contre la mise en concurrence, les coopérations

Dans son projet pour la région PACA, le Front de Gauche propose « de rassembler l’ensemble des universités de la Région dans un pôle universitaire public régional démocratiquement géré de manière autonome par la communauté universitaire, permettant de mettre en cohérence les formations, de promouvoir les coopérations et les mutualisations contre la concurrence ».

Il suggère aussi de mettre en place « une conférence régionale de l’enseignement supérieur et de la recherche réunissant les représentants de l’État, des collectivités, du monde syndical, patronal et salariés, des universités des organismes de recherche, ainsi que les représentants de l’ensemble des personnels universitaires et de recherche et des représentants étudiants, afin de mettre en cohérence les politiques de chacun et de mieux définir en région des politiques de recherche et de formation en lien avec le développement régional ». Le Front de Gauche refuse « toute participation de la Région au partenariat public privé, au dotation en capital et la logique actuelle des fondations, définie par la LRU ».

lundi 1 mars 2010

Meeting du Front de Gauche, Samedi 6 mars, 11h30 foyer du peuple

cf annonce jointe

lundi 15 février 2010

Grippe A. L’implacable réquisitoire du député Wodarg

Président de la commission santé du Conseil de l’Europe, l’allemand Wolfgang Wodarg a obtenu le lancement d’une enquête de cette instance sur le rôle joué par les laboratoires dans la campagne de panique autour du virus.

Ex-membre du SPD, Wolfgang Wodarg est médecin et épidémiologiste. Il a obtenu à l’unanimité des membres de la commisionn santé du Conseil de l’Europe une commision d’enquête sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion de la grippe A par l’OMS et les états..

Qu’est ce qui a attiré vos soupçons dans la prise d’influence des laboratoires sur les décisions prises à l’égard de la grippe A ?

Wolfgang Wodarg. Nous sommes confrontés à un échec des grandes institutions nationales, chargées d’alerter sur les risques et d’y répondre au cas où une pandémie survient. En avril quand la première alarme est venue de Mexico j’ai été très surpris des chiffres qu’avançait l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour justifier de la proclamation d’une pandémie. J’ai eu tout de suite des soupçons : les chiffres étaient très faibles et le niveau d’alarme très élevé. On en était à même pas mille malades que l’on parlait déjà de pandémie du siècle. Et l’alerte extrême décrétée était fondée sur le fait que le virus était nouveau. Mais la caractéristique des maladies grippales, c’est de se développer très vite avec des virus qui prennent à chaque fois de nouvelles formes, en s’installant chez de nouveaux hôtes, l’animal, l’homme etc. Il n’y avait rien de nouveau en soi à cela. Chaque année apparaît un nouveau virus de ce type « grippal ». 
En réalité rien ne justifiait de sonner l’alerte à ce niveau. Cela n’a été possible que parce que l’OMS a changé début mai sa définition de la pandémie. Avant cette date il fallait non seulement que la maladie éclate dans plusieurs pays à la fois mais aussi qu’elle ait des conséquences très graves avec un nombre de cas mortels au dessus des moyennes habituelles. On a rayé cet aspect dans la nouvelle définition pour ne retenir que le critère du rythme de diffusion de la maladie. Et on a prétendu que le virus était dangereux car les populations n’avaient pas pu développer de défense immunitaires contre lui. Ce qui était faux pour ce virus. Car on a pu observer que des gens âgés de plus de 60 ans avaient déjà des anticorps. C’est-à-dire qu’ils avaient déjà été en contact avec des virus analogues. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs il n’y a pratiquement pas eu de personnes âgées de plus de 60 ans qui aient développé la maladie. C’est pourtant à celles là qu’on a recommandé de se faire vacciner rapidement.
Dans les choses qui ont suscité mes soupçons il y a donc eu d’un côté cette volonté de sonner l’alerte. Et de l’autre des faits très curieux. Comme par exemple la recommandation par l’OMS de procéder à deux injections pour les vaccins. Ça n’avait jamais été le cas auparavant. Il n’y avait aucune justification scientifique à cela. Il y a eu aussi cette recommandation de n’utiliser que des vaccins brevetés particuliers. Il n’existait pourtant aucune raison à ce que l’on n’ajoute pas, comme on le fait chaque années, des particules antivirales spécifiques de ce nouveau virus H1N1, « complétant » les vaccins servant à la grippe saisonnière.
On ne l’a pas fait car on a préféré utiliser des matériaux vaccinales brevetés que les grands laboratoires avaient élaborées et fabriqué pour se tenir prêts en cas de développement d’une pandémie. Et en procédant de cette façon on n’a pas hésité à mettre en danger les personnes vaccinées

Quel danger ?

Wolfgang Wodarg. Pour aller vite dans la mise à disposition des produits on a utilisé des adjuvants dans certains vaccins, dont les effets n’ont pas été suffisamment testés. Autrement dit : on a voulu absolument utiliser ces produits brevetés nouveaux au lieu de mettre au point des vaccins selon des méthodes de fabrication traditionnelles bien plus simples, fiables et moins coûteuses. Il n’y avait aucune raison médicale à cela.Uniquement des raisons de marketing.

Comment a-t-on pu justifier de cela ?

Wolfgang Wodarg. Pour comprendre il faut en revenir à l’épisode de la grippe aviaire de 2005 - 2006. C’est à cette occasion là qu’ont été définis les nouveaux plans internationaux destinés à faire face à une alarme pandémique. Ces plans ont été élaborés officiellement pour garantir une fabrication rapide de vaccins en cas d’alerte. Cela a donné lieu à une négociation entre les firmes pharmaceutiques et les Etats. D’un côté les labos s’engageaient à se ternir prêts à élaborer les préparations, de l’autre les Etats leur assuraient qu’ils leur achèteraient bien tout cela. Au terme de ce drôle de marché l’industrie pharmaceutique ne prenait aucun risque économique en s’engageant dans les nouvelles fabrications. Et elle était assurée de toucher le jack pot en cas de déclenchement d’une pandémie.

Vous contestez les diagnostics établis et la gravité, même potentielle, de la grippe A ?

Wolfgang Wodarg. Oui, c’est une grippe tout ce qu’il y a de plus normal. Elle ne provoque qu’un dixième des décés occasionnés par la grippe saisonnière classique. Tout ce qui importait et tout ce qui a conduit à la formidable campagne de panique à laquelle on a assisté, c’est qu’elle constituait une occasion en or pour les représentants des labos qui savaient qu’ils toucheraient le gros lot en cas de proclamation de pandémie.

Ce sont de très graves accusations que vous portez là. Comment un tel processus a-t-il été rendu possible au sein de l’OMS ?

Wolfgang Wodarg. Un groupe de personnes à l’OMS est associé de manière très étroite à l’industrie pharmaceutique.

L’enquête du conseil de l’Europe va travailler aussi dans cette direction ?

Wolfgang Wodarg. Nous voulons faire la lumière sur tout ce qui a pu rendre cette formidable opération d’intox. Nous voulons savoir qui a décidé, sur la base de quelles preuves scientifiques, et comment s’est exercé précisément l’influence de l’industrie pharmaceutique dans la prise de décision. Et nous devons enfin présenter des revendications aux gouvernements. 
L’objectif de la commission d’enquête est qu’il n’y ait plus à l’avenir de fausses alertes de ce genre. Que la population puisse se reposer sur l’analyse, l’expertise des instituions publiques nationales et internationales. Celles ci sont aujourd’hui discréditées car des millions de personnes ont été vaccinés avec des produits présentant d’éventuelles risques pour leur santé. Cela n’était pas nécessaire. Tout cela a débouché aussi sur une gabegie d’argent public considérable.

Avez-vous des chiffres concrets sur l’ampleur de cette gabegie ?

Wolfgang Wodarg.

En Allemagne ce sont 700 millions d’euros. Mais il est très difficile de connaître les chiffres précis car on parle maintenant d’un côté de reventes de vaccins à des pays étrangers et surtout les firmes ne communiquent pas, au nom du principe du respect du « secret des affaires » les chiffres des contrats passés avec les Etats et les éventuelles clauses de dédommagements qui y figurent.

Le travail de « lobying » des labos sur les instituts de santé nationaux sera-t-il aussi traité par l’enquête du conseil de l’Europe ?

Wolfgang Wodarg. Oui nous nous pencherons sur l’attitude des instituts comme le Robert Koch en Allemagne ou Pasteur en France qui aurait dû en réalité conseiller leurs gouvernements de façon critique. Dans certains pays des institutions l’ont fait. En Finlande ou en Pologne, par exemple, des voix critiques se sont élevées pour dire : « nous n’avons pas besoin de cela ».

La formidable opération d’intox planétaire n’a-t-elle pas été possible aussi parce que l’industrie pharmaceutique avait « ses représentants » jusque dans les gouvernements des pays les plus puissants ?

Wolgang Wodarg. Dans les ministères cela me paraît évident. Je ne peux pas m’expliquer comment des spécialistes , des gens très intelligents qui connaissent par coeur la problématique des maladies grippales, n’aient pas remarqué ce qui était en train de se produire.

Que s’est-il passé alors ?

Wolfgang Wodarg. Sans aller jusqu’à la corruption directe qui j’en suis certain existe, il y a eu mille manières pour les labos d’exercer leur influence sur les décisions. J’ai pu constater très concrètement par exemple comment Klaus Stöhr qui était le chef du département épidémiologique de l’OMS à l’époque de la grippe aviaire, et qui donc a préparé les plans destinés à faire face à une pandémie que j’évoquais plus haut, était devenu entre temps un haut cadre de la société Novartis. Et des liens semblables existent entre Glaxo ou Baxter (etc) et des membres influents de l’OMS. Ces grandes firmes ont « leurs gens » dans les appareils et se débrouillent ensuite pour que les bonnes décisions politiques soient prises. C’est à dire celles qui leur permettent de pomper le maximum d’argent des contribuables.

Mais si votre enquête aboutit, ne sera-t-elle pas un appui pour les citoyens d’exiger de leurs gouvernements qu’ils demandent des comptes à ces grands groupes ?

Wolfgang Wodarg. Oui, vous avez raison, c’est l’un des grands enjeux lié à cette enquête. Les états pourraient en effet se saisir de cela pour contester des contrats passés dans des conditions, disons, pas très propres. S’il peut être prouvé que c’est la prise d’influence des firmes qui a conduit au déclenchement du processus alors ils faudra les pousser à ce qu’ils demandent à être remboursés. Mais ça c’est uniquement le côté financier, il y a aussi le côté humain, celui des personnes qui ont été vaccinés avec des produits qui ont été insuffisamment testés.

Quel type de risque ont donc pris, sans qu’ils le sachent, ces gens en bonne santé en se faisant vacciner ?

Wolfgang Wodarg.

je le répète les vaccins ont été élaborés trop rapidement, certains adjuvants insuffisamment testés. Mais il y a plus grave. Le vaccin élaboré par la société Novartis a été produit dans un bioréacteur à partir de cellules cancéreuses. Une technique qui n’avait jamais été utilisée jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi, je ne suis évidemment pas un spécialiste, mais comment peut-on prétendre faire un vaccin à partir de cellules malades ?

Wolfgang Wodarg. Normalement on utilise des œufs de poules sur lesquels les virus sont cultivés. On a besoin en effet de travailler sur des cellules vivantes. Car les virus ne peuvent se multiplier que de cette manière et donc, par définition, les préparations antivirus qui vont avec. Mais ce procédé présente un gros défaut, il est lent, il faut beaucoup d’œufs. Et il est long et complexe sur le plan technique. 
Une autre technique au potentiel remarquable consiste à cultiver les virus sur des cellules vivantes dans des bio-réacteurs. Pour cela il faut des cellules qui croissent et se divisent très vite. C’est un peu le procédé que l’on utilise pour la culture du yaourt que l’on réalise d’ailleurs aussi dans un bio-réacteur. mais dans ce contexte la cellule a été tellement bouleversée dans son environnement et sa croissance qu’elle croit comme une cellule cancéreuse. 
Et c’est sur ces cellules au rendement très élevé que l’on cultive les virus. Seulement pour fabriquer le vaccin il faut extraire à nouveau les virus de ces cellules sur lesquelles ils ont été implantés. Et il peut donc se produire que durant le processus de fabrication du vaccin des restes de cellule cancéreuse demeurent dans la préparation. Comme cela se produit dans la fabrication classique avec les oeufs. On sait ainsi que dans le cas d’une vaccination de la grippe classique des effets secondaires peuvent apparaître chez les personnes qui sont allergiques à l’ovalbumine que l’on trouve dans le blanc d’oeuf.
Il ne peut donc pas être exclu que des protéïnes, restes d’une cellule cancéreuse présentes dans un vaccin fabriqué par bio-réacteur, n’engendre une tumeur sur la personne vaccinée. Selon un vrai principe de précaution il faudrait donc, avant qu’un tel produit ne soit autorisé sur le marché, avoir la certitude à 100% que de tels effets sont réellement exclus.

Et cela n’a pas été fait ?

Wolfgang Wodarg. On ne l’a pas fait. L’AME ( Agence Européenne du Médicament), une institution sous la responsabilité du commissaire européen à l’économie, basée à Londres, qui donne les autorisations de mise sur le marché des vaccins en Europe, a donné son feu vert à la commercialisation de ce produit en arguant, en l’occurrence, que ce mode de fabrication ne constituait pas un risque « significatif ». 
Cela a été très différemment apprécié par de nombreux spécialistes ici en Allemagne et une institution indépendante sur le médicament, qui ont au contraire alerté et fait part de leurs objections. J’ai pris ces avertissements au sérieux. J’ai étudié le dossier et suis intervenu dans le cadre de la commission santé du Bundestag dont j’étais alors membre pour que le vaccin ne soit pas utilisé en Allemagne. J’ai fait savoir que je n’étais certainement pas opposé à l’élaboration de vaccins avec cette technique. Mais qu’il fallait d’abord avoir une garantie totale d’innocuité. Le produit n’a donc pas été utilisé en Allemagne où le gouvernement a résilié le contrat avec novartis.

Quel est le nom de ce vaccin ?

Wolfgang Wogart. Obta flu.

Mais cela veut dire que dans d’autres pays européens comme la France le produit peut être commercialisé sans problème ?

Wolfgang Wogart. Oui , il a obtenu l’autorisation de l’AME et peut donc être utilisé partout dans l’Union Européenne.

Quelle alternative entendez vous faire avancer pour que l’on échappe à de nouveaux scandales de ce type ?

Wolfgang Wogart. Il faudrait que l’OMS soit plus transparente, que l’on sache clairement qui décide et quelle type de relation existe entre les participants dans l’organisation. Il conviendrait aussi qu’elle soit au moins flanquée d’une chambre d’élue, capable de réagir de façon très critique où chacun puisse s’exprimer. Ce renforcement du contrôle par le public est indispensable.

N’est ce pas la question d’un autre système capable de traiter une question qui relève en fait d’un bien commun aux citoyens de toute la planète qui affleure ?

Wolfgang Wodarg. Pouvons nous encore laisser la production de vaccins et la conduite de ces productions à des organisations dont l’objectif est de gagner le plus possible d’argent ? Ou bien la production de vaccins n’est-elle pas quelque chose du domaine par excellence , que les Etats doivent contrôler et mettre en œuvre eux même ? C’est la raison pour laquelle je pense qu’il faut abandonner le système des brevets sur les vaccins. C’est à dire la possibilité d’une monopolisation de la production de vaccin par un rand groupe. Car cette possibilité suppose que l’on sacrifie des milliers de vies humaines, simplement au nom du respect de ces droits monopolistiques. Vous avez raison , cette revendication là a pris en tout cas pour moi l’aspect de l’évidence.

Entretien réalisé par Bruno Odent

jeudi 11 février 2010

Mandela, le long combat contre l'apartheid

Le 11 février 1990, Nelson Mandela, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, était enfin libre au terme de 27 années de prison. Retour sur l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle

Le 15 octobre 1989, sept compagnons de Nelson Mandela emprisonnés avec lui dans le sinistre bagne de Robben Islands, au large de la ville du Cap, sont libérés par le pouvoir de l’apartheid. « Je savais que je n’aurai plus longtemps à attendre », écrit Mandela dans son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. De fait, le 11 février 2010, il y a vingt ans jour pour jour, le leader du Congrès national africain (ANC), symbole de la lutte contre le pouvoir ségrégationniste blanc, sort de sa prison. Une libération fêtée dans le monde entier par tous ceux qui se sont mobilisés depuis des années parce que c’est la première grande victoire contre ce régime honni, soutenu presque jusqu’au bout par les « démocraties occidentales ».

Lui dont on ne connaissait que quelques photos réalisées dans les années cinquante, alors qu’il n’avait que la quarantaine, stupéfait le monde entier, ému, avec sa chevelure grisonnante. Mais avec le recul, ce qui a sans doute le plus surpris lorsqu’on l’a vu avec, à ses côtés, celle qui était encore son épouse, Winnie, c’est la dignité de cet homme que le pouvoir blanc ne voulait pas seulement faire plier : il voulait le briser. Il n’y parviendra pas. En avril 1964, déjà emprisonné (il a été arrêté le 5 août 1962), devant ses juges qui le condamneront à la perpétuité, Mandela déclare : « J’ai combattu la domination blanche, j’ai combattu la domination noire. J’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie et avec des chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et atteindre. Mais s’il en était besoin, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir. » « J’ai chéri l’idée d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie ». Nelson Mandela.

Mandela va rejoindre sa cellule dans le bagne de Robben Island, une île au large de la ville du Cap. Il devient le prisonnier matricule 466-64. Il ne recouvrira la liberté que vingt-sept ans plus tard. « La prison ne vous vole pas seulement votre liberté, elle essaie aussi de vous déposséder de votre identité », écrit-il. « C’est par définition un État purement autoritaire qui ne tolère ni indépendance ni individualité. » Au combat politique s’ajoutait donc celui pour la dignité du prisonnier. « Toute demande de livre qui contenait le mot “rouge”, même s’il s’agissait du Petit Chaperon rouge, était rejetée par les censeurs », se souvient-il.

Lors de son premier discours, prononcé depuis le balcon de l’hôtel de ville du Cap, il dit : « Je suis là devant vous non pas comme un prophète mais comme un humble serviteur du peuple. Ce sont vos inlassables et héroïques sacrifices qui m’ont permis d’être là aujourd’hui. Je remets entre vos mains les dernières années qui me restent à vivre. » Surtout, au grand dam des dirigeants de l’apartheid et de ceux des pays occidentaux (notamment Margaret Thatcher, alors premier ministre britannique), il exprime sa profonde gratitude à l’ANC, au Parti communiste sud-africain et aux combattants de l’Umkhonto we Sizwe, la branche armée de l’ANC, plus connue sous le nom de MK. Bien que libre, à ce moment-là, Mandela, comme tous les Noirs d’Afrique du Sud, ne possède toujours pas le droit de vote et l’apartheid est toujours en place. « Je suis un membre loyal et discipliné de l’ANC, en accord total avec sa stratégie et sa lutte sur tous les fronts, lance-t-il devant une foule émue. Nous n’avons pas d’autres choix que de continuer la lutte armée. » Il demande également le maintien des sanctions économiques contre l’Afrique du Sud. « Nos sentiments de respect et de solidarité, de notre engagement à apporter à votre combat et à celui de votre peuple ». Georges Marchais

Politiquement, les années qui suivent sa libération sont éprouvantes. Les négociations, commencées le 2 mai 1990, traînent en longueur. Il apparaît que le président blanc Frederik De Klerk, soutenu par les Occidentaux, cherche avant tout à conserver le pouvoir et à diviser l’ANC et le Parti communiste. Pendant qu’il discute, sa police poursuit d’ailleurs sa répression. Certains tentent, aujourd’hui d’oublier les manœuvres de De Klerk, voyant en lui un visionnaire et un homme de paix. C’est oublier que la lutte de l’ANC et de ses alliés et le soutien des progressistes et des démocrates dans le monde entier ont contraint ce régime à desserrer l’étau. En France, les grands médias mettront de nombreuses années avant d’évoquer le sort de celui qui était alors le plus vieux prisonnier politique du monde et n’ouvriront guère leurs colonnes ou leurs antennes à ceux qui, ici, soutenaient ce combat : les Rencontres nationales contre l’apartheid, le Mouvement anti-apartheid, et encore moins au Parti communiste français (PCF), seul parti à s’être résolument et totalement engagé dans cette lutte. Notre journal prendra toute sa place dans cet engagement.

Le combat des communistes en faveur de la libération de Nelson Mandela, de ses compagnons et pour la fin de l’apartheid est un combat du premier jour. Dès le procès de Rivonia (1963-1964), qui devait envoyer au bagne le leader de l’ANC, c’est à la tribune de l’Assemblée nationale qu’intervient la député communiste, Marie-Claude Vaillant-Couturier en faveur des inculpés. Les manifestations vont se succéder, que ce soit à l’occasion de la terrible répression du mouvement noir, particulièrement des massacres de Soweto, ou pour dénoncer la complicité des autorités françaises qui arment l’apartheid et lui fournissent des centrales nucléaires. Des actions seront menées pour empêcher l’importation de marchandises en provenance d’Afrique du Sud, tel le charbon. Le combat n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur. La Fête de l’Humanité 1985 en porte la marque. Un immense concert, réunissant Max Roach, Eddy Louis, Salif Keita, Bernard Lubat et Manu Dibango, est donné. Une délégation élue par les centaines de milliers de participants, conduite par le directeur du journal, Roland Leroy, est chargée de se rendre à Matignon pour exiger que la France boycotte à 100 % le régime de l’apartheid.

En juillet 1988, Mandela fête ses soixante-dix ans en prison. Georges Marchais, alors secrétaire général du PCF, lui adresse un message l’assurant, de la part des communistes français, de « nos sentiments de respect et de solidarité, de notre engagement à apporter à votre combat et à celui de votre peuple la contribution croissante qu’ils appellent ». Il ajoute : « Nous combattons et combattrons toutes les complicités, d’où qu’elles viennent, à l’égard d’un pouvoir qui a montré à l’opinion française jusqu’où il pouvait aller en faisant assassiner sur notre sol notre camarade Dulcie September (assassiné à Paris par l’apartheid en 1988 — ndlr). » Le successeur de Dulcie, Solly Smith, se verra remettre, le 20 juillet, dans les locaux de l’Humanité, plus de 3 000 messages de soutien adressés par les lecteurs. « Le Nobel pour Mandela » : la proposition faite par Georges Marchais est approuvée par les participants au meeting de la Fête de l’Humanité 1988. Cette campagne va crescendo. Le 9 décembre, sous un chapiteau dressé au Champ-de-Mars, 20 000 personnes participent à une soirée ou se succèdent musique et témoignages. Joëlle Kauffmann, Valérie Kaprisky, Roger Hanin s’associent à cette campagne. Le 31 janvier, le Comité de défense des libertés et des droits de l’homme en France et dans le monde, que préside Georges Marchais, se rend à Oslo. Il rencontre le directeur du comité Nobel, Jacob Sverdrup. Á La Courneuve, la Fête de l’Humanité se met aux couleurs de l’ANC. Le portrait de Nelson Mandela est partout, popularisant encore plus le combat contre l’apartheid et pour la libération du dirigeant de l’ANC. Lorsque Nelson Mandela vote pour la première fois de sa vie, il a soixante-quinze ans. C’est en avril 1994.

Le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré. Quelques semaines plus tard il se rend à Paris. Au sortir des rendez-vous officiels, il rencontre, au siège du PCF, place du Colonel-Fabien, Georges Marchais qu’il appelle « mon camarade » dans une interview à l’Humanité. En 1993, il reçoit le prix Nobel de la paix, consécration de son combat et de celui de ces millions de personnes qui ont manifesté pendant des années alors que les gouvernements d’Europe de l’Ouest et des États-Unis soutenaient le régime d’apartheid. Les artistes se mobilisent également contre l’apartheid et pour la libération de Nelson Mandela. En 1974, humainement et politiquement ému par cette situation, le plasticien d’origine niçoise Ernest Pignon-Ernest recouvre les murs de Nice (que la mairie de droite a jumelé avec celle du Cap malgré la ségrégation) de ces terribles sérigraphies ou l’on voit une famille africaine derrière des grillages. Un engagement qui se poursuivra avec les artistes contre l’apartheid que Pignon-Ernest animera avec le peintre Antonio Saura. Un musée itinérant comprenant des dizaines d’œuvres des plus grands artistes sillonne la planète avec une promesse : l’ensemble sera remis au premier gouvernement démocratique. En 1996, deux ans après l’élection de Nelson Mandela comme président de la République sud-africaine, Ernest Pignon-Ernest lui remettra personnellement les « clés » de ce musée pas comme les autres, dans les locaux du Parlement, au Cap.

Lorsque Nelson Mandela vote pour la première fois de sa vie, il a soixante-quinze ans. C’est en avril 1994, à l’issue d’une campagne électorale si épuisante qu’on se demande comment un homme de son âge a pu la supporter ! Certainement grâce à cet enthousiasme qu’il avait chevillé au corps et qui lui faisait dire pendant les meetings électoraux : « Je voudrais tous vous mettre dans ma poche. J’ai soixante-quinze ans et avec vous j’ai l’impression d’en avoir seize. Vous êtes ceux qui m’inspirez à chaque jour de ma vie. » Élu président, il se met tout entier au service de cette cause : bâtir une nouvelle nation, une nation débarrassée de l’apartheid ou le mot « race » n’a plus aucune signification. En ce sens, la création de la Commission vérité et réconciliation (TRC) a permis d’ouvrir un chemin original, « entre amnistie et amnésie », parce que, comme le répétait Mandela, « nous pouvons pardonner mais nous ne pouvons pas oublier ».

Pierre Barbancey

mardi 9 février 2010

Ryanair, le social low cost

Le succès de la compagnie aérienne irlandaise repose sur le dumping fiscal et… les fonds publics. La CGT dévoile l’envers du décors d’une entreprise qui applique dans l’esprit la directive Bolkestein.

Marseillle, correspondant régional.

Vous vous triturez les méninges pour comprendre comment la compagnie Ryanair peut pratiquer des tarifs aussi bas ? Stop. Le syndicat CGT d’Air France lance une campagne nationale pour dévoiler les petits secrets de la compagnie low cost irlandaise. Vendredi, à Marseille, il a présenté son analyse que l’on peut résumer ainsi : le modèle économique de Ryanair repose sur le non-respect des règlements nationaux et communautaires, sur le dumping social et fiscal et, au bout du bout, sur le financement par le contribuable. Le lancement de cette campagne par José Rocamora, secrétaire national de la CGT Air France, à Marseille ne doit rien au hasard puisque le syndicat a rendu public un mémorandum sur l’exemple concret de l’aéroport de la deuxième ville de France. Qu’y découvre-t-on ? Tout d’abord que la compagnie dirigée par le très médiatisé Michale O’Leary ne paie aucune taxe parafiscale (taxe professionnelle, taxes d’apprentissage et de formation professionnelle). Air France verse à ce titre 1,3 million d’euros à l’échelle de la région PACA. Encore plus surprenant : Ryanair ne paie aucune cotisation sociale. Et ce malgré un chiffre d’affaires en France qui approche les 300 millions d’euros.

« De fait, le fonctionnement de Ryanair est l’application dans l’esprit et les actes de la directive Bolkestein, accuse le syndicat. (…) Des salariés navigants irlandais, écossais, français ou d’autres pays d’Europe, dont certains vivent en France, effectuent leur travail en totalité ou en partie au départ de la métropole (de Marseille en particulier). Leur entreprise contourne les lois et règlements français et européens. Á ce jour, contre toute attente, la DGAC, l’Urssaf et l’inspection du travail font la sourde oreille alors qu’un simple contrôle sur l’aéroport permettrait de mettre en évidence ce travail dissimulé. » Le manque à gagner est, par définition, difficilement chiffrable mais ce sont des centaines de milliers d’euros, voire des millions qui sont en jeu.

La grande valse des billets n’est pas encore terminée, puisque la chambre de commerce, gestionnaire de l’aéroport, « a mis en place des mesures incitatives » : abattements à droite, aide à gauche. Plus fort, elle a conclu un marché d’achat d’espaces publicitaires avec AMS, filiale à 100 % de Ryanair. Montant sur cinq ans : 6,8 millions d’euros. « Ce marché est une aide d’État non notifiée au regard des règles de la communauté européenne », souligne le syndicat. Les collectivités locales, soucieuses de l’attractivité de leur territoire, voient toujours d’un bon œil l’ouverture et ont tendance à dérouler le tapis rouge à Ryanair jusqu’à ce que celle-ci fasse monter, comme à Toulon, entre autres les enchères… Les chambres régionales des comptes se sont, à de multiples reprises, étonnées de ces relations dangereuses. Quant au président du conseil général de Charentes, Marc Boutat, il a publiquement dénoncé le « chantage » du « tigre » celtique.

Á l’échelle du continent européen, la CGT estime que Ryanair touche 650 millions d’euros d’aides pour un résultat net de 400 millions. CQFD. « Si le droit européen s’appliquait, toutes ces aides devraient être remboursées », insiste José Rocamora. La Commission européenne a été saisie à plusieurs reprises. Sans suite. Le syndicaliste tente une explication : « Nous supposons qu’il y a probablement entente tacite entre la Commission de Bruxelles et le patron de Ryanair. Nous avons été étonnés de l’engagement de ce dernier dans la campagne référendaire, l’an dernier. »

Entre autres revendications, la CGT demande l’application de la législation française à tous les personnels des compagnies low cost basées en France et l’arrêt total des interventions financières des collectivités envers les compagnies qui persistent à mépriser la législation sociale et fiscale française.

Christophe Deroubaix

vendredi 5 février 2010

Suède. Le coup de massue libéral

La droite a impulsé un tournant libéral dans les années 1990. Revenue au pouvoir 
il y a trois ans, 
elle enfonce le clou 
concernant les écoles 
et la protection sociale. Les conséquences 
sont dramatiques 
pour les plus démunis.

Stockholm (Suède), envoyé spécial.

Qu’est-ce qui coûte le plus cher dans une école  ? Les bâtiments. L’entreprise Helianthus, qui a son siège à Varby, dans la
 banlieue sud de Stockholm, a inventé un nouveau concept  : l’école mobile. Une semaine sur deux, dans les maternelles que gère l’entreprise, en Suède et en Norvège, les classes montent dans un bus-école avec tables pour dessiner, matelas pour dormir, tableau pour enseigner, et toilettes. Un outil idéal pour partir en excursion au musée, en forêt, et faire des activités de plein air, défend l’entreprise. Et pour économiser de l’argent. « Dans l’école d’à côté, les locaux sont prévus pour 80 élèves, nous explique l’ancienne enseignante et inventrice du concept, Solveig Sunnebo. Grâce au bus, nous pouvons accueillir 22 élèves supplémentaires. »

En Suède, pays modèle de l’État providence, le Parti social-démocrate a géré le pays quasiment sans interruption depuis 1926. Le premier gouvernement de droite, entre 1991 et 1993, a impulsé un tournant libéral. Pour preuve, l’éducation. Celle-ci est devenue un marché comme un autre, par décision du gouvernement social-démocrate, à la fin des années 1990. Les communes sont tenues de financer les établissements privés en fonction de leur nombre d’élèves. Depuis 2006, Uppsala, ville située au nord de Stockholm, est passée à droite. De la même manière que quinze autres communes du royaume, la municipalité a instauré le principe du « droit de défier ». Si la municipalité gère un service public, une entreprise a la possibilité de se porter candidate à sa gestion. L’administration communale doit alors lancer un appel d’offres pour évaluer la demande. Au terme de l’évaluation sur le prix et la qualité, le service peut rester public, ou être délégué à une entreprise privée pour quelques années. C’est à Uppsala qu’Helianthus a demandé à remporter le marché d’une dizaine d’écoles maternelles. Un contrat qui rapporterait la coquette somme de 50 millions de couronnes (5 millions d’euros). « C’est la première fois que le “droit de défier” porte sur un marché aussi important », a appris un employé d’Helianthus qui décrit son entreprise comme l’un des « trois dragons » du marché des écoles maternelles.

Sten Widmalm n’entend pas se laisser faire. Deux de ses filles sont passées par la Höganas förskola (école maternelle publique). L’une d’elles y est encore. Il s’insurge contre cette procédure  : « Il est difficile de juger par avance de la qualité du service. » Aujourd’hui, les parents ont le choix entre public et privé. « Ce droit sera restreint demain, si Helianthus remporte le marché », estime-t-il. Cecilia von Otter est également parente d’élèves. « Ce qui m’ennuie, c’est qu’on ne considère pas comme un choix le fait que j’aie placé mes enfants dans un établissement public. » De plus, si privatisation il y a, « on ne sait pas si le personnel restera ou non ». Les deux parents apprécient l’équipe pédagogique. Et pour Sten Widmalm, il y a un risque concernant la qualité. Il cite un rapport de l’agence pour l’éducation, Skolverket  : « Dans les écoles maternelles privées, 11 % des employés à temps plein manquent de formation pour travailler avec des enfants, alors qu’ils ne sont que 4 % dans le public. » Selon ce même rapport, « 55 % des employés à temps plein des écoles maternelles publiques ont une formation pédagogique avancée ». Une part qui tombe à 43 % dans les écoles privées. Du côté d’Helianthus, on rassure  : il serait « stupide » que la municipalité n’oblige pas à la reprise du personnel enseignant  ; et on assure que les parents sont « demandeurs » d’activités en extérieur. Concernant la protection sociale, à partir du 1er janvier, 55 000 malades de longue durée basculeront de l’assurance santé vers l’assurance chômage. Cette mesure fait partie de la politique « d’activation » du nouveau gouvernement de droite, qui a remporté les élections de 2006. À savoir  : pousser chômeurs et malades sur le marché du travail. Après six mois d’arrêt pour longue maladie, quelqu’un devra chercher un autre emploi que celui qu’il occupait, en s’inscrivant à l’assurance chômage, tout en étant malade. Après six mois, il devra être disponible pour tout autre emploi sur le marché du travail suédois, y compris à qualification et rémunération inférieures. « Un malade perd ainsi le contact avec son employeur, nous traduit le journaliste indépendant Lennart Kjörling. Or, il est plus facile au sortir d’une maladie de retourner au travail dans un endroit que l’on connaît. »

La seule alternative pour rester en congé est d’avoir une allocation à vie, accordée uniquement en cas de maladie incurable. « En psychiatrie, il est difficile de soigner un malade en lui disant qu’il ne sera jamais guéri  ! » s’insurge Jenni Fjell. Avec quelques collègues, Jenni Fjell a lancé, en 2007, le réseau Resurs, pour informer sur les réformes des congés maladie. « L’assurance maladie ne fait plus confiance au diagnostic des médecins », estime-t-elle.

Le réseau a été rejoint cette année par des patients inquiets. Ils sont 800. Ulla Nihtinen est en arrêt maladie. Ella travaille depuis l’âge de dix-sept ans et a longtemps fait du sport. En 2000, elle subit une opération et est victime d’une erreur médicale. Depuis, elle souffre de carences en vitamines, sans que ce ne soit décelé. À l’automne 2003, sa tension monte, elle sombre dans la dépression, souffre de fatigue. Elle retourne au travail quelques mois, au printemps suivant, puis l’an dernier. Des expériences qui l’ont rendue encore plus malade. Ses médecins diagnostiquent des pertes de mémoire dues à des problèmes neurologiques. À cinquante-deux ans, elle n’est pas assurée d’avoir une pension de longue durée. Incapable de travailler, elle ne pourrait prétendre à l’assurance chômage. Son amie, Ann-Christin Johansson, a deux emplois en tant qu’orthophoniste. Depuis 2006, elle souffre de fibromyalgie. Une maladie qui lui cause de fortes douleurs musculaires et l’épuise. Elle ne peut travailler que 25 à 50 % du temps. Et pourtant, en février, son arrêt maladie s’arrêtera, et elle sera basculée vers l’assurance chômage et forcée de travailler à 100 %. « J’ai déjà deux emplois. Je n’ai pas besoin d’en chercher un autre. Cette situation me stresse, nous explique-t-elle. J’ai besoin de calme, leur politique est parfaite pour me rendre malade  ! » Inapte au travail à temps plein, cette femme, qui a quarante-deux ans et une fille à charge, pourrait se retrouver sans assurance chômage, et devrait réclamer l’aide sociale (une sorte de RMI), de moins de 500 euros quand on a un enfant. « Je ne sais pas comment je vais faire, s’inquiète-t-elle. Je ne vais quand même pas retourner vivre chez mon père de soixante-dix ans  ! J’ai une licence universitaire, c’est une honte que de pointer à l’aide sociale simplement parce que je suis malade  ! »

Mettre tout le monde au travail, coûte que coûte, est une constante gouvernementale, de droite comme de gauche. Cela permet au pays d’afficher un taux d’emploi parmi les plus élevés de l’Union européenne  : plus de 74 % l’an dernier. Mais c’est au prix de drames humains. La droite a restreint, en 2007, les conditions d’accès à l’assurance chômage. Derrière ces mesures, il y a l’éternel cliché que « quand on est indemnisé, on ne cherche pas de travail, analyse Lisa Rasmussen, du Parti de gauche (Vansterpartiet, parti postcommuniste). C’est faux  ! En 1999, on était indemnisé à 100 % et il n’y avait que 1 % de chômeurs ». En Suède, les syndicats gèrent l’assurance chômage. « L’idée est que les salariés rémunèrent à un bon niveau les chômeurs afin que ceux-ci ne fassent pas baisser les salaires. » C’est pourquoi le gouvernement de Fredrik Reinfeldt a fait passer de 80 % à 65 % l’indemnisation après trois cents jours sans emploi. En outre, le gouvernement a fait augmenter la cotisation que le salarié doit verser à l’assurance chômage. Une cotisation différente selon le risque de se trouver au chômage. Un professeur d’université paie moins qu’un employé de la restauration. Résultat, 500 000 personnes, plus de 10 % des salariés, et de nombreux jeunes ont quitté le système d’assurance chômage et les syndicats. La part des chômeurs non indemnisés augmente depuis 2007. Ces derniers doivent pointer à l’aide sociale, gérée par les municipalités. Et ce dans un contexte où le taux de chômage est passé de 6 % à 9,4 % en un an, l’un des plus hauts d’Europe de l’Ouest. Malgré les attaques, le modèle social reste fort. « Notre syndicat a perdu 20 à 25 % de ses membres », explique Ulrika Vedin, des travailleurs du commerce de la centrale LO. Mais l’organisation « réclamera 2,5 à 3,5 % d’augmentation de salaire », lors des négociations salariales nationales de printemps. « Nous réclamons en général une hausse correspondant à l’inflation et aux gains de productivité dans toute l’économie, et ce pour toutes les branches, afin de réduire les écarts de salaires », poursuit-elle. Ce mode de négociation a permis une augmentation des salaires réels de 40 % entre 1992 et 2002, les portant à l’un des niveaux les plus élevés au monde. Un niveau qui explique pourquoi le modèle suédois résiste, malgré les attaques.

En détruisant les assurances chômage et maladie, l’État se défausse sur les collectivités locales, qui gèrent l’aide sociale. Le dernier recours pour les plus démunis. À Botkyrka, commune sociale-démocrate, « nous résistons et nous n’avons pas prévu de couper dans les budgets sociaux cette année, ni l’année prochaine », se réjouit le chef du groupe du Parti de gauche, Mats Einarsson. Et en 2011  ? « Ce sera plus dur, il nous faut un nouveau gouvernement  ! »

Gaël De Santis

lundi 18 janvier 2010

Ensemble pour des régions à gauche, solidaires, écologistes et citoyennes

L'ampleur de la crise écologique et la gravité de ses conséquences sur les sociétés humaines sont manifestes. Les exigences autour de l'environnement sont rentrées dans le débat politique et citoyen sur toute la planète. Il s'agit aujourd'hui de soutenir un modèle de développement qui respecte à la fois la justice sociale et l’environnement.

Le mirage du « capitalisme vert », comme le gouvernement Sarkozy essaye de nous l’imposer, n'est pas une solution à la crise écologique.

Le capitalisme n'est pas écolo-compatible. Il recherche le profit financier maximum dans un temps minimum, et suit sa logique de prédation des ressources naturelles, et du travail des salariés, au coût le plus faible. Inégalités sociales et environnementales vont de pair.

Après l’échec de la taxe carbone, injuste car pénalisant les plus modestes sans toucher aux rouages du capitalisme, il est grand temps d'ouvrir le débat écologique en posant la question du système de production et de promouvoir un modèle de développement qui soit à la fois durable pour notre planète, et émancipateur pour les personnes.

Les prochaines élections régionales seront une occasion de construire des majorités solidement ancrée à gauche, porteuses de transformation sociale et écologique. On ne pourra pas répondre aux défis écologiques tant que l'on ne portera pas des projets alternatifs à la logique du système en crise.

C'est l'ambition du Front de Gauche (PCF, PG, GU) pour les prochaines élections régionales !

Dans les transports, il faut un virage écologique : les transports publics doivent être développés, rendus accessibles à tous. Nous proposons ainsi la gratuité pour les TER, qui est juste à la fois pour le pouvoir d'achat et l'écologie. Mais nous devrons aussi améliorer l’intermodalité, proposer des parkings urbains, proches des gares et des centres villes, et encourager le trafic piéton et à vélo …

L'énergie doit être considérée comme un bien commun à l'humanité et non comme une marchandise. Après l'incapacité manifeste des grandes puissances à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre lors du sommet de Copenhague, les peuples doivent imposer une autre dynamique. Sur nos régions, nous portons l'exigence de développement des énergies renouvelables et la définition d'un droit à l'énergie pour tous.

Dans le cadre de ses compétences en matière d’aménagement du territoire, la Région peut aussi contribuer à faire évoluer les espaces urbains et améliorer notre qualité environnementale. Cet aménagement doit être capable de maîtriser l’étalement urbain résidentiel et de préserver des zones agricoles et naturelles, et de favoriser la relocalisation de l’économie.

L’eau est aussi un sujet clé : une région à gauche sera un atout en 2012 pour exiger la remunicipalisation de l’eau à Marseille et ailleurs.

Nous vous invitons au lancement de la campagne du Front de Gauche sur Marseille 4/5

Quels enjeux écologiques pour la Région … et au-delà ? Jeudi 21 janvier, 18h30, 88 Bd Chave, Marseille 5ème

Ensemble pour des régions à gauche, solidaires, écologistes et citoyennes !

dimanche 6 décembre 2009

L'effet d'aubaine du crédit Impot-Recherche

Cet instrument fiscal présenté comme l’arme qui permettra à la France de devenir un leader de la recherche mondiale et de préserver son industrie ne remplit pas son objectif.

Depuis le 1er janvier 2008, quel pays vous offre 50 millions d’euros si vous en investissez 100 dans la recherche & développement (R&D)  ? La France  ! Partant du principe que le système institutionnel ne fournirait pas les incitations nécessaires, le gouvernement a modifié le système d’incitations en triplant, par exemple, le crédit impôt recherche, qui a pour objectif d’accroître l’investissement en recherche et développement des entreprises françaises, en abaissant son coût. Mais loin de créer une véritable coopération entre les entreprises, il renforce la concurrence.

En 2006, dernières données disponibles, l’effort de recherche s’établit à 2,10 %, en France, au-dessus de la moyenne de l’Union européenne à vingt-sept (1,76 %), mais en dessous de celle de l’OCDE. Notre pays est devancé par le Japon (3,32 %), les États-Unis (2,62 %) ou l’Allemagne (2,53 %). Il est encore loin des 3 % ambitionnés à Lisbonne pour 2010. En France, l’effort de recherche est particulièrement fourni par le secteur public, dans la mesure où la recherche publique y intervient dans des domaines spécifiques  : défense, énergie nucléaire, espace et aéronautique. Alors que la recherche privée représente à peine plus de la moitié du total des dépenses, soit environ 1,2 % du PIB. Une contribution nettement inférieure à celle des pays les plus innovants, pour lesquels les entreprises apportent les deux tiers de la dépense.

Plusieurs rapports dressent un bilan peu glorieux du crédit d’impôt recherche (CIR) qui pèse 4 milliards d’euros. Un rapport d’information, déposé le 2 juillet à la présidence de l’Assemblée nationale par le député UMP Gilles Carrez, considère que « le coût du crédit d’impôt est directement lié aux évolutions législatives du dispositif » et non à une augmentation de l’effort de recherche des entreprises. En effet, depuis janvier 2008, le calcul ne se fait plus sur la croissance des dépenses de recherche, mais sur leur niveau en volume. Si bien que les firmes de très grande taille bénéficient davantage du CIR, en proportion et en volume, que les PME. Pire, le rapport indique que « c’est le secteur des services qui, avec 1 174 millions d’euros en 2007, représente près des deux tiers des créances, en particulier les entreprises de services bancaires et d’assurance qui sont celles qui ont le plus bénéficié du CIR ».

Autrement dit, un secteur a priori peu innovant et qui a privilégié une innovation financière scandaleuse. À l’instar des fameuses subprimes, crédit hypothécaire, ou des rachats d’entreprises par des fonds d’investissement spéculatif.

Clotilde Mathieu

mercredi 14 octobre 2009

L'armée du crime

Lu en épilogue de "L'armée du crime" de R. Guediguian

Dernière Lettre de Missak Manouchian



Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.

Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense. Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous... J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération.

Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine. Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.

mardi 29 septembre 2009

La révolution de la "juste mesure", par Caroline Fourest

Le prérapport Stiglitz mérite d'être salué à sa "juste mesure ", c'est-à-dire avec enthousiasme. Une autre mesure de la performance économique permet d'espérer un autre monde, où la productivité et le produit intérieur brut ne seront plus l'alpha et l'oméga du modèle à suivre, mais une donnée parmi d'autres : la qualité de vie, les services publics, l'impact sur l'environnement, les critères sociaux... Cette révision, des économistes progressistes la rêvent depuis des décennies.

En 1990, le Programme des Nations unies pour le développement adopte l'"indice pour le développement humain", qui intègre le niveau de vie, de santé et d'éducation. D'après ce classement, les Etats-Unis ne sont plus en tête mais en quinzième place. L'Islande et la Norvège deviennent des modèles à suivre. La révolution de la mesure est en marche... Mais il manque encore une prise de conscience mondiale : la crise financière.

Personne ne la soupçonne lorsque Nicolas Sarkozy annonce vouloir réunir la crème des économistes d'avant-garde pour réfléchir à la mesure de la performance économique, en janvier 2008. La crise va donner une tout autre ampleur à cette initiative. Nicolas Sarkozy parle de "révolution", promet d'en finir avec la "religion du chiffre", s'engage à mettre les conclusions de ces économistes au programme de "toutes les organisations internationales". Il propose à ses partenaires européens de "donner l'exemple". C'est là que le test commence. Car un homme se dresse sur le chemin de cette belle ambition... le président français.

Comme Nicolas Sarkozy, le président français a une passion pour les statistiques, mais quantitatives et au service de la productivité : "Travailler plus pour gagner plus." Ministre de l'intérieur, il supprime la police de proximité : pas assez rentable du point de vue du "taux d'élucidation des affaires". Incités par des primes au "résultat", les policiers multiplient les affaires faciles (contrôles d'identité, arrestations de prostituées...) au détriment d'enquêtes longues, sans résultat immédiat. Bilan ? La tension entre jeunes et policiers augmente, et le "taux de violence sur les personnes" s'envole.

Devenu président, le même homme fixe un objectif chiffré en matière de reconduits à la frontière, sans tenir compte de la réalité, ni du cas par cas. Moralité, son ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, ne pense plus à l'intégration qu'en termes de chiffres : un seul militant UMP mangeur de porc et buveur de bière par région ! Au- delà, c'est un "problème"... Les ministres sont censés être notés. Mais la statistique ne doit pas "intégrer" les bons critères, car le ministre de l'intérieur est toujours bien coté.

En matière de santé publique, le président français a voulu noter et récompenser les hôpitaux en fonction de leur taux de mortalité... Ce qui incite à se méfier des patients un peu trop mourants. Dans la recherche, il faut remplir son quota de publications, au lieu de chercher. Les services publics sont en voie d'être privatisés ou affaiblis par des suppressions de postes massives. Encore un objectif chiffré. Grâce à de nouvelles méthodes managériales fondées sur le rendement, on "travaille plus pour se suicider plus" à France Télécom...

L'Appel des appels, un collectif réunissant les professionnels de tous ces secteurs, supplie d'arrêter cette vision chiffrée, qui conduit à la "destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social". De fait, le bilan est sans appel. La France régresse au classement fondé sur l'indice de développement humain.

"Nous avons construit une religion du chiffre. Nous nous y sommes enfermés. Nous commençons à percevoir l'énormité des conséquences de cet enfermement" : cette phrase n'émane pas de l'Appel des appels. Elle a été prononcée par Nicolas Sarkozy au moment du prérapport Stiglitz, au sujet de la crise financière...

Si cet homme parvient à convaincre le président français, alors oui, un autre monde est possible. Caroline Fourest

lundi 21 septembre 2009

« Il n’y a pas de fatalité dans le suicide au travail ! »

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Entretien . Alors que les directions d’entreprise persistent à ne voir que des drames individuels, le psychiatre Christophe Dejours souligne le rôle délétère des organisations du travail qui ont déstructuré le « vivre ensemble ».

Comment en vient-on à tolérer l’intolérable, le sort des chômeurs, des nouveaux pauvres, mais aussi des conditions de travail qui mettent en danger notre santé mentale ? s’interrogeait déjà il y a dix ans Christophe Dejours dans un livre, Souffrance en France, qui fit événement. Aujourd’hui, le psychiatre, spécialiste du travail, creuse le sillon en publiant, avec Florence Bègue, un ouvrage consacré à la question du suicide et du travail (1). Analyse des causes, qui nous mène au coeur des transformations du travail, mises en oeuvre au nom d’une « doctrine de gestion » conçue pour accroître les profits, et qui ont « déstructuré le vivre ensemble ». Mais aussi, et surtout, proposition d’une approche, de principes d’action pour enrayer le fléau. Tant il est vrai, comme le clame Christophe Dejours dans l’entretien qu’il nous a accordé, qu’ « il n’y a pas de fatalité dans le suicide au travail ».

Les suicides au travail défrayent la chronique depuis quelques années. S’agit-il vraiment d’un phénomène nouveau ?

Christophe Dejours. C’est un phénomène qui n’existait pas, à ma connaissance, sauf dans un milieu particulier, l’agriculture, qui est à la fois lieu de travail et lieu de vie. Les salariés agricoles étaient la catégorie socioprofessionnelle la plus touchée par le suicide. C’est d’ailleurs intéressant parce que l’une des raisons pour lesquelles les salariés agricoles se suicidaient, c’était l’isolement. Or, c’est le même problème qu’on retrouve aujourd’hui dans les autres sphères de l’activité productive : la solitude.

Ces suicides au travail sont apparus à la fin des années 1990, et depuis ils sont en augmentation, semble-t-il, assez continue. Certes, le travail pouvait être en cause par le passé dans l’apparition d’un certain nombre de suicides. Mais ils ne se passaient jamais sur le lieu de travail. Quand quelqu’un va se pendre dans la forêt, commence une argumentation compliquée sur les raisons qui l’ont conduit au suicide. En revanche, quand quelqu’un va se suicider sur son lieu de travail, il n’y a plus de discussion possible : c’est évident que le travail est en cause. D’autre part, il y a des gens qui, comme le salarié de France Télécom qui s’est donné la mort à Marseille, laissent des lettres, disant clairement que ce n’est pas la peine d’aller chercher la moindre cause de leur geste ailleurs que dans le travail.

C’est d’autant plus véridique que c’est quelqu’un qui vient de bénéficier d’une augmentation. On voit bien qu’on n’est pas dans une configuration psychologique attendue quand on est psychiatre : quelqu’un qui présente depuis longtemps des symptômes annonçant une personnalité fragile, une vulnérabilité, une prédisposition à la dépression, qui serait déjà un bras cassé, qui ne marcherait pas bien dans son travail. On a des suicides chez des gens qui ne correspondent pas du tout à ce profil, sont très appréciés dans leur travail, et qui, par ailleurs, n’ont pas particulièrement de problèmes dans leur espace privé, des gens plutôt bien entourés socialement, avec une famille qui fonctionne bien. Mais si on analyse les choses plus en détail, on se rend compte qu’à chaque fois que ces choses arrivent, la personne qui se suicide est dans une relation de fondamentale solitude sur le lieu de travail.

On est frappé aujourd’hui par la vague de suicides chez France Télécom. Toutefois, pour vous, ce n’est pas le nombre qui compte, un seul suicide dans une entreprise révèle une situation alarmante.

Christophe Dejours. Une seule mort, c’est déjà une tragédie du point de vue du fonctionnement de l’entreprise. Les suicides ne survenaient pas autrefois sur le lieu de travail. Quand un suicide de ce type se produit, c’est que quelque chose a changé. Ce que cela révèle, cune déstructuration en profondeur de tout le tissu social du travail, tout le vivre ensemble dans le travail, sous la forme de l’attention à l’autre, le respect de l’autre, la camaraderie. Les gens sont très nombreux quelquefois, y compris sur un plateau clientèle, dans des open spaces, et en même temps, chacun est seul. Quand quelqu’un commence à présenter des signes de souffrance, de dépression, de tristesse, d’irritabilité, personne ne bouge. Autrefois, vous ne laissiez pas, dans un collectif de travail, un collègue s’enfoncer sans intervenir au bout de deux ou trois jours : « Qu’est-ce qui se passe ? » Il y avait des solidarités très fortes. Les gens se regardaient, se parlaient. La prévention du suicide était faite par tout le monde, les copains, les collègues. Le vivre ensemble, c’est une prévention du suicide. La solitude est un élément déterminant du suicide sur le lieu de travail.

Quand quelqu’un est pris tout à coup sous le feu d’un harcèlement, de quelqu’un qui commet contre lui des actes manifestement injustes, des discriminations, qui le place dans les postes les plus difficiles, cela n’a rien de nouveau dans le monde du travail. En revanche, ce qui est neuf, c’est que, lorsque vous êtes pris comme cible d’un tel comportement, personne ne bouge. À ce moment-là, vous faites l’expérience de la trahison du collectif. Ce n’est pas une simple solitude, c’est une trahison.

Vous insistez sur l’importance de ne pas laisser classer sans suite un suicide au travail.

Christophe Dejours. Si on ne fait rien à la suite d’un suicide, qu’on se contente de faire faire les constats nécessaires par la police, et qu’on reprend le travail sans pouvoir en faire quelque chose, on entérine le suicide comme un événement banal. Le message que laisse le mort, c’est que la mort fait maintenant partie des risques normaux du travail. Du coup, ça dégrade l’état psychique des gens, ils ont peur, ça aggrave le repli sur soi, la solitude, et donc le risque de suicide.

Le geste suicidaire est souvent perçu comme résultant d’un ensemble de facteurs mêlant vie privée, vie professionnelle. Les directions d’entreprise appuient en ce sens, en qualifiant les suicides de drames individuels. Pour vous, cependant, on peut affirmer que ce qui se passe dans la sphère du travail peut être déterminant ?

Christophe Dejours. Il y a une véritable difficulté, en général, à dire de façon pertinente, après investigation : il y a une cause unique au suicide. Mais dire que c’est plurifactoriel, c’est une manière de botter en touche. En fait, il y a un chemin causal. Une conjugaison d’éléments qui s’alignent les uns avec les autres selon une logique qui, finalement, conduit au suicide. C’est important de comprendre cette logique car c’est ce qui va nous permettre d’agir rationnellement. Il y a des cas où, indiscutablement, le rapport au travail est en cause. Mais il est vrai qu’en regardant ce qui se passe dans la vie privée, on va parfois voir que la situation familiale est en crise depuis un certain temps. Je peux alors vous montrer, pièces à l’appui, que c’est à cause du travail, des difficultés qu’a un agent à tenir les contraintes de travail, qui intoxiquent la sphère domestique, contaminent les relations avec le conjoint, les enfants.

Un rapport au travail détestable finit par dégrader la vie familiale. Votre fonctionnement psychique au travail, vous l’emportez chez vous. Il y a une colonisation de la vie privée, jusque dans l’intimité, par le travail. L’inverse est vrai : si, pour une raison ou une autre, vous avez de gros soucis familiaux, ça a souvent des retentissements sur le travail. Il n’y a pas d’indépendance psychologique entre travail et hors travail. C’est pourquoi l’idée de la multifactorialité, si elle est pratique, est fausse. Il s’agit donc de reconstituer le chemin causal. Et on peut alors dire qu’en modifiant le rapport au travail, on désamorce le risque de suicide. C’est ce que nous montrons dans le livre que nous publions avec Florence Bègue, à partir d’une intervention dans une entreprise après suicides : lorsqu’on modifie l’organisation du travail selon un certain nombre de principes, curieusement, les gens vont beaucoup mieux.

Les organisations du travail jouent, selon vous, un rôle essentiel dans la dégradation de la santé mentale. Vous mettez en cause tout particulièrement l’évaluation individuelle des salariés. En quoi est-ce dangereux ?

Christophe Dejours. L’élément principal dans les transformations de l’organisation, c’est l’introduction des méthodes d’évaluation individualisée, fondées prétendument sur des bases scientifiques, qui passeraient par une mesure quantitative et objective des performances. Ces méthodes mettent en concurrence les individus entre eux. Si, à l’évaluation, vous ajoutez des sanctions, ne serait-ce qu’une prime, en quelque temps, les gens commencent à avoir des conduites qui cassent le vivre ensemble : concurrence déloyale, coups bas, tuyaux pourris, dénonciation du voisin. Si, en plus, vous faites peser la menace sur l’emploi, en disant qu’en fonction de l’évaluation, à la prochaine charrette de licenciements, les moins bien notés partiront, là, c’est sans pitié. L’évaluation individualisée monte les gens les uns contre les autres, elle ne fait pas l’émulation. C’est en réalité un management par la menace. Du coup, les gens ont peur, la méfiance fait son entrée, la déloyauté remplace la loyauté… Le monde du travail est déstructuré en profondeur. En plus, cette méthode est fausse : on ne peut pas évaluer objectivement, quantitativement, le travail.

Une deuxième cause joue un rôle : la qualité totale. C’est aussi un concept faux. Les sciences du travail montrent que le travail ne se présente jamais comme prévu, il y a toujours des imprévus, des incidents, des anomalies, des pannes. La qualité totale, c’est un idéal, ça n’existe pas. Donc si vous décrétez la qualité totale, c’est un déni de la réalité. Le résultat : les gens sont obligés de mentir, de ne pas expliquer ce qui ne marche pas. Ils sont amenés à participer à des conduites que, moralement, ils réprouvent. Du coup, ils portent atteinte à l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes. C’est ce que j’appelle la souffrance éthique. Cette souffrance éthique dans le travail est massive. Dans plein d’endroits, les gens font des choses qu’ils désapprouvent.

Comment jugez-vous les réactions des entreprises qui, face aux suicides, mettent en place des cellules d’écoute, des moyens de « gérer son stress », de relaxation ?

Christophe Dejours. C’est un traitement symptomatique. Elles essaient d’abraser ce qui est le plus visible, le moins décoratif pour l’entreprise. Alors qu’il s’agit d’aller au traitement étiologique : l’analyse du chemin causal, pour avoir une action rationnelle sur l’enchaînement conduisant les gens à se suicider.

Il est essentiel, après un suicide au travail, que les salariés prennent la parole, dites-vous. Pourquoi ?

Christophe Dejours. C’est à partir de l’expérience que les uns et les autres ont du travail qu’on va pouvoir comprendre quelque chose sur ce qui a conduit au geste suicidaire d’un collègue. Pour avoir accès à cette expérience, on ne peut faire autrement que passer par la parole. Mais il ne s’agit pas d’une espèce de catharsis, où les gens parlent, et voilà, ça va mieux. Il s’agit de mettre en place un espace de délibération sur la question du travail qui permet de comprendre ce qui ne va pas dans le travail et débouche sur la possibilité de le transformer. Le simple fait de s’engager dans ce processus modifie le rapport : on reprend la main sur les événements. C’est pour cela que c’est, de fait, non seulement efficace, mais thérapeutique. Il n’y a pas de fatalité dans le suicide au travail. Nous pouvons transformer le travail, ça dépend de nous, et aussi, évidemment, de la façon dont la direction de l’entreprise est partie prenante. Ça dépend également des politiques publiques. Or, aujourd’hui, elles ne soutiennent pas cette démarche-là, alors même qu’elle a été proposée, il y a plusieurs années, dans le rapport dont j’étais responsable, au chapitre « violences et santé ».

Précisément, que devraient apporter ces politiques publiques selon vous ?

Christophe Dejours. Il y a déjà un dispositif législatif non négligeable, en particulier sur les CHSCT, l’inspection du travail. Il est souvent violé. On pourrait redonner à l’inspecteur du travail l’autorité qui lui revient, et surtout, aider par des mesures incitatives la formation des délégués des CHSCT pour développer les compétences dans le domaine de la santé mentale. On n’était pas tellement porté, dans l’activité syndicale, à s’occuper de la santé mentale. La tradition, c’était la santé du corps.

Le droit du travail a été conçu essentiellement pour protéger la santé physique des salariés, contre les accidents, les maladies professionnelles. Il est clair qu’aujourd’hui, avec l’apparition massive des problèmes de psychopathologie, le droit doit évoluer. Il n’y a qu’une loi sur le harcèlement moral au travail, c’est très insuffisant.

Au-delà de l’action dans l’entreprise, du droit à faire évoluer, vous estimez que nous sommes devant un défi intellectuel : repenser le travail.

Christophe Dejours. On a bradé la question du travail, avec un volontarisme extrêmement puissant, depuis quinze-vingt ans, en disant que les sciences du travail, c’était fini ; le travail, une valeur en voie de disparition ;que ce qui compte, c’est la gestion. Ce tournant gestionnaire, qui a des effets sociaux, politiques, majeurs, a été porté par les politiques, mais pas seulement. Les penseurs, les chercheurs ont basculé en faveur de la thèse de la fin du travail. Le travail, en général, c’est le bas de gamme. Si vous faites de la médecine, alors la médecine cardiaque, la chirurgie, la génétique, c’est chic ; si vous faites de la médecine du travail, vous êtes en rez-de-chaussée. Si vous faites de la psychologie, ah ! psychologue de la sexualité, de l’enfance, c’est très bien ; mais le psychologue du travail est au rez-de-chaussée… Tout est comme ça. Il y a vraiment un mouvement social massif, ancien, de disqualification du travail. Le problème, c’est de le réhabiliter. Il y a eu une période après-guerre où le travail était vraiment en discussion, c’est le moment où on a introduit les CHSCT, la Sécurité sociale, la médecine du travail. Il faut rendre justice à cette époque-là. Aujourd’hui, il faut reprendre cette question-là.

(1) Suicide et travail : que faire ? éditions PUF, 2009, 129 pages, 12 euros.

Entretien réalisé par Yves Housson in l'Humanité

lundi 14 septembre 2009

Humeur de rentrée

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Comme chaque rentrée sous présidence sarkozyste, on ne peut qu'être dépité par la gestion des affaires publiques. Mais avant de rentrer dans les détails, un bref retour sur le contexte mérite le détour.

Il y a un an éclatait la dernière crise financière mondiale. Un an après, un an après des millions de licenciements de part le monde, un an après des plans de sauvetage faramineux où les états ont réussi à débloquer plusieurs milliers de milliards de dollars en quelques mois pour sauver les institutions financières, un an après les déclarations des fanfarons sur la réforme du capitalisme, on peut dire que rien n'a changé structurellement. Les actionnaires peuvent dormir tranquilles, les bénéfices du CAC 40 pourraient atteindre 60 milliards d'€. Car la logique même qui a conduit à la crise, l'accumulation de capital, est intouchée. L'inflation financière permise par un déséquilibre croissant entre les salaires et la finance, continue de plus belle avec les injections massives de capitaux sans conditions. Les polémiques entretenues sur les bonus et sur les paradis fiscaux, pour salutaires qu'elles sont, ne permettent pas de cibler le problème de l'accumulation du capital dans le capitalisme. Mais ce qui est troublant est que cette crise dure. Elle dure très longtemps. Les premiers manifestations de la crise ont éclaté en 1973, mais elle n'arrive pas à se résorber. Depuis 2000, nous avons vécu la crise asiatique, russe, internet, en amérique latine, et maintenant la crise des subprimes. Nous vivons constamment la crise écologique. Le capitalisme est dans une impasse et il peine à trouver une nouvelle parade pour s'adapter à ses contradictions. La révolution informationnelle qui était envisagée comme sortie de crise semble même accroître les contradictions du système. Cela renforce notre conviction et notre détermination à imaginer un dépassement de ce système de production qui est à l'économie ce que la monarchie est à la politique. Dépasser le capitalisme, c'est oser dire qu'aujourd'hui, les financiers dont le métier est la gestion du risque lié à la fluidité de l'argent sont manifestement incapables de remplir leur mission dans le cadre du marché. Il s'agit aujourd'hui de mettre en débat la création d'un vrai service public de la finance, en passant notamment par la nationalisation des grandes banques. Il s'agit aujourd'hui de mettre en débat la conditionnalité du crédit sur des critères sociaux et environnementaux, par exemple en prenant appui sur des fonds régionaux. Il s'agit aujourd'hui de parler de démocratie dans l'économie, pour réaliser dans ce champ de l'activité humaine la même révolution que celle de 1789 en politique. Des alternatives existent et foisonnent, mais elles restent en sourdine dans l'ère médiatique. Il est de notre devoir de nous en emparer et de les mettre en débat.

D'autant plus qu'une deuxième crise moins visible situe aussi le contexte de cette rentrée. Je pense ici à la crise que vie la démocratie en ce moment. L'année dernière, le congrès s'est permis de voter la constitution européenne contre l'avis du peuple. Résultat, nous avons eu le record d'abstention cette année. La politique devient de plus en plus un spectacle où le débat citoyen fait place au combat d'ego à coup de médias amis interposés. Forte abstention, désintérêt, politique-spectacle, personnalisation des enjeux. Dans ce lit là, la social-démocratie est incapable d'être une force porteuse d'espoir. De partout en Europe. Alors même que la crise économique montre l'absurdité des thèses des néo-libéraux qui fabriquent les programmes de la droite, alors même que le contexte historique devrait pousser les citoyens à réclamer d'autres mesures, on constate l'inverse, un repli sur le connu. La gauche dans son ensemble, et la social-démocratie en particulier, sont incapables de porter l'espoir du changement. Avec comme conséquence, au mieux, un désintérêt de la chose publique et au pire, un retour des idées xénophobes et fascistes.

Dans ce contexte là donc, la droite amie du capital en profite pour remettre en cause les droits des salariés pour assurer les ceux du capital. On peut remarquer que dans tous les débats de la rentrée, on parle de taxer les travailleurs, mais sans toucher au détenteur du capital. C'est vrai pour la taxe carbone. Seuls les naïfs peuvent croire que l'intention est écologique. Mise en parallèle avec la suppression de la taxe professionnelle sur les entreprises, on comprend que la taxe carbone permet de transférer sur les travailleurs la fiscalité du capital. Et puis, le gouvernement parle d'augmenter le forfait hospitalier, d'augmenter de l'âge de départ à la retraite en annulant certains avantages pour les femmes. Il supprime des postes dans l'éducation nationale, privatise la Poste, nous pousse à travailler le dimanche, et il a fait passer cet été une loi permettant de licencier les fonctionnaires. Beaucoup de cadeaux aux salariés donc. Pendant ce temps là, les entreprises verront annulée la taxe professionnelle, seront exemptes de la taxe carbone pour souci de compétitivité, et le bouclier fiscal continuera cette année à reverser 80 000€ aux 3000 ménages les plus chanceux. On voit qu'il y a deux discours, l'un pour les salariés, l'autre pour le capital.

Et puis, histoire que la population ne sache plus quel sera la prochaine attaque, le gouvernement attaque aussi tous azimuts sur nos libertés. Il prévoit ainsi de réformer les institutions en déssaisissant les élus locaux de leur pouvoir au profit du pouvoir centralisé, et au passage en redécoupant les circonscriptions en faveur de la droite. Il prévoit aussi de réformer la justice en supprimant le juge d'instruction et en oubliant l'indépendance du parquet, permettant un réel contrôle d'un des rares contre-pouvoir par le pouvoir sarkozyste. Il est vrai qu'un autre contre-pouvoir, les médias, voient leurs présidents directement nommés par le président-roi, la logique est complète. Enfin, la loi Hadopi, vient marquer une volonté de la part des prétendus libéraux de contrôler ce nouvel espace de liberté que constitue le monde numérique.

La situation du moment ne permet donc probablement pas d'avoir beaucoup de satisfactions. D'autant que la teneur des débats politiciens est affligeante de vide. La droite obéit à son duce, mettant en veilleuse sa réflexion individuelle. Le centre est occupé par un homme à l'égo débordant. Et la gauche n'arrive pas à avoir une ligne claire. Les sociaux-libéraux, repris par le Modem, plaident maintenant ouvertement pour des alliances entre une partie de la gauche et le parti du Modem de droite, dont le seul dénominateur commun est l'anti-sarkozysme. Déjà, le débat sur les courses à l'ego a repris en vue des présidentielles de 2012, en oubliant au passage les régionales de 2010. Et pour assurer le spectacle, ils nous ont concocté les primaires, censées être la solution pour la gauche et qui risquent d'en être les fossoyeuses. Car dans cette politique-spectacle là, il n'y a nul place pour le débat citoyen. Et sans débat citoyen, pas d'espoir de changement en profondeur.

Dans ces conditions, comment travailler pour des réponses radicalement et structurellement progressistes ? Comment travailler à un rassemblement à vocation majoritaire sur un contenu à la hauteur des enjeux ? Telles sont les questions qui nous sont posées. Le premier exercice pratique concerne les futures régionales. Les communistes entendent amplifier la démarche qu'ils ont initiée de Front de Gauche, en tendant à l'élargir. Le parti de gauche affirme lui aussi vouloir continuer la démarche du Front de gauche, ainsi que Gauche Unitaire, issue du NPA. Tous deux sont pour des listes autonomes du PS au premier tour, et pour des fusions de second tour. Le NPA fait de l'indépendance au PS une condition intangible et refuse pour le moment la participation à des exécutifs régionaux. Le PCF entend porter le débat sur le projet afin de décider courant novembre de sa stratégie. Il propose ainsi que le Front de Gauche organise plusieurs « ateliers thématiques nationaux», lieux de confrontation de toutes les forces de gauche, ainsi que des forces du mouvement social. Ces ateliers auraient pour but de « faire commencer à émerger les grands axes d'un nouveau projet transformateur ». Ainsi, « le Front de gauche  n'est pas figé et doit s'élargir, en refusant à la fois la résignation face aux logiques capitalistes, et la résignation à prendre le pouvoir ». Bref, il s'agit de construire des contenus politiques capables de transformer la société, de porter des projets politiques qui fassent des régions des pôles de résistance aux politiques libérales, des pôles de promotion d'un nouveau type de développement social et écologique. Et il s'agit de faire conquérir des majorités capables de faire avancer ces projets dans les régions, avec notamment le maximum d'élus communistes. Sur la section, nous allons avoir de nombreuses réunions afin que cette démarche soit l'affaire de tous les communistes, et que nos choix soient le fruit d'un processus démocratique.

vendredi 24 juillet 2009

Les « pratiques acceptées » de l’armée israélienne

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Proche-Orient . Une association de soldats vétérans israéliens dénonce l’utilisation de boucliers humains lors de l’offensive de Gaza.

Lentement, le vent tourne. Si, en 2002, lors de l’offensive lancée en Cisjordanie, l’armée israélienne avait pu échapper à ses responsabilités dans les massacres perpétrés, notamment dans le camp de réfugiés de Jénine, il n’en est plus de même aujourd’hui. L’offensive menée à Gaza du 27 décembre au 18 janvier avait soulevé un cri de protestation à travers le monde. Si un quarteron de défenseurs acharnés d’Israël avait applaudi aux bombes au phosphore blanc, aux tirs contre des écoles de l’ONU ou aux destructions de maisons, la majorité des peuples avaient exprimé leur émotion devant une attaque qui a fait plus de 1 400 morts et 5 000 blessés palestiniens. D’autant que la volonté israélienne d’empêcher la presse internationale de pénétrer dans la bande de Gaza indiquait clairement que cette armée, et ses chefs, ne tenait pas vraiment à opérer devant des témoins qu’il serait difficile de contredire. Ce qui n’est pas le cas lorsqu’il s’agit de paroles de Palestiniens que Tel-Aviv assimile toujours à de la propagande, voire à de l’antisémitisme.

Parmi les nombreux murs dressés par Israël, un est en train de se lézarder. Au lendemain de l’offensive, déjà, des soldats avaient dénoncé des attitudes militaires contraires aux droits de l’homme, s’apparentant à des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité. La branche israélienne de l’organisation Médecins pour les droits de l’homme (Physicians for Human Rights) a accusé l’armée d’avoir violé le droit international lors de l’offensive « Plomb durci » dans la bande de Gaza, notamment en ce qui concerne la sécurité des blessés et des équipes soignantes. Aujourd’hui, c’est une autre organisation non gouvernementale, une association de soldats vétérans, Breaking the silence (briser le silence), qui révèle les « pratiques acceptées » au sein de l’armée israélienne. Il s’agit selon elle de « la destruction de centaines de maisons et mosquées sans que cela n’ait d’objectif militaire, l’emploi de phosphore en direction de zones habitées, la mort de victimes innocentes tuées avec des armes légères, la destruction de propriétés privées et (…) une atmosphère permissive dans la structure de commandement qui a permis aux soldats d’agir sans contraintes morales ». Le document est composé de témoignages anonymes de trente soldats engagés dans les combats durant l’offensive israélienne à Gaza. « Les témoignages prouvent que la manière immorale dont la guerre a été menée était due au système en place et non aux soldats individuellement », a affirmé Mikhael Manekin, au nom de l’ONG.

ISraëL refuse

toute commission d’enquête

Les soldats israéliens ont ainsi utilisé des civils comme boucliers humains (« À chaque maison dont nous nous approchions, on envoyait les voisins à l’intérieur », a expliqué l’un d’eux) et reçu pour instruction de tirer sans se préoccuper des conséquences. « On nous disait que la sécurité des soldats résidait dans leur puissance de feu, a raconté un militaire. On faisait ainsi comprendre aux soldats que leur vie était le plus important et qu’il n’y avait aucune raison qu’un de nos soldats soit tué parce qu’on avait laissé à un civil le bénéfice du doute. » L’armée israélienne a rejeté ces accusations, affirmant dans un communiqué que, selon ses propres enquêtes, « il est clair que les soldats des forces armées israéliennes ont opéré en accord avec les lois internationales et les ordres qu’ils ont reçus, en dépit des combats difficiles et complexes ». Le seul problème est que, comme toujours, Israël refuse toute commission d’enquête internationale qui permettrait de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé dans la bande de Gaza. Une attitude qui ne peut que jeter le doute sur les déclarations officielles israéliennes, alors que les témoignages des soldats corroborent ceux recueillis par les grandes ONG de défense des droits de l’homme.

Pierre Barbancey

vendredi 17 juillet 2009

De l'instrumentalisation des sondages

A côté des frais du chef de l'Etat, la Cour des comptes s'est intéressée, dans son rapport sur la gestion des comptes de l'Elysée, paru jeudi 16 juillet, à la politique de commande des sondages d'opinion. Elle s'interroge notamment sur un contrat signé en juin 2007 avec un cabinet qui a commandé par la suite à l'institut de sondages et d'études OpinionWay plusieurs enquêtes d'opinion, pour 1,5 million d'euros. Des sondages payés par l'Etat et dont les résultats ont pourtant été également publiés par Le Figaro et LCI.

La présidence a ainsi déboursé 392 288 euros en 2008 pour des Politoscope, réalisés toutes les deux semaines, alors que cette enquête était disponible sur les deux médias. "Les comptes-rendus facturés à l'Elysée étaient entièrement disponibles en ligne gratuitement" assure ainsi Yves Rolland, magistrat à la Cour des comptes. Quinze études sur les trente-cinq payées par la présidence ont été également publiées dans la presse, ce qui conduit à "mettre en doute l'intérêt de telles commandes", selon Philippe Séguin, le président de la Cour.

Ces accusations sont contestées par OpinionWay, qui assure sur son site que les résultats vendus au cabinet contenaient également des questions supplémentaires et "des tris détaillés par catégorie de population des résultats de nos enquêtes publiées, comme le font depuis longtemps la plupart des instituts d'études". Ce qui justifierait une facturation spécifique : "Cette autre prestation ne correspond donc aucunement aux questions financées par LCI et Le Figaro", assure ainsi le communiqué.

"L'Elysée a peut-être simplement remis le format allégé de nos études au conseiller de la Cour des comptes. Ou bien les CD qui contiennent plus de 60 pages de détail que nous avons remis à Publifact le cabinet en contrat avec l'Elysé... ont peut être été perdus" avance Bruno Jeanbart, le directeur des études politiques de l'institut, pour expliquer les constatations de la Cour. Publifact appartient à Philippe Buisson, directeur de la chaîne Histoire (groupe TF1) et conseiller de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle.

LA SOCIÉTÉ DES RÉDACTEURS DU "FIGARO" FAIT PART DE SA "CONSTERNATION"

La Cour a remarqué que le contrat avec Publifact avait été passé sans mise en concurrence, pourtant obligatoire, et qu'il avait généré au total cent trente factures en 2008, outre des honoraires mensuels fixes de 10 000 euros pour le cabinet. Le cabinet disposait en effet d'une totale liberté d'appréciation quant aux études et sondages à mener et à facturer, ce qui privait la présidence de tout contrôle. Les services de l'Elysée ont répondu à la Cour des comptes que les relations contractuelles avec ce cabinet avaient été modifiées en mars, avec notamment la règle d'un bon de commande par étude et la limitation du champ d'action à "l'image du président de la République". "Exclusives et confidentielles (...) ces enquêtes font l'objet de rapport disctinct" assure l'Elysée.

Cette affaire n'arrange pas OpinionWay, un institut déjà accusé d'être proche de la majorité par François Bayrou et la gauche. "Nous sommes ici au cœur d'un système d'instrumentalisation de l'opinion et de connivence entre le pouvoir, un institut de sondage et certains médias", a d'ailleurs critiqué la députée socialiste Delphine Batho, proche de Ségolène Royal, dans un communiqué diffusé jeudi soir. "Nous rappelons qu'OpinionWay compte parmi ses clients des acteurs positionnés aussi bien à droite qu'à gauche", se défend pour sa part l'institut.

Au sein du Figaro, le malaise est également palpable. La société des rédacteurs du journal a demandé à sa direction, vendredi 17 juillet, "de mettre immédiatement un terme à ce type de 'coproduction' qui nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe". Dans un communiqué, elle fait part de sa "consternation" après le rapport, dans lequel "il apparaît que de nombreux sondages OpinionWay publiés, notamment, par Le Figaro, sont commandités par la présidence et que certains sont expurgés avant d'être diffusés au grand public".

Etienne Mougeotte, le directeur du journal, a démenti "formellement" tout financement des sondages par l'Elysée. "Le sondage, chaque semaine, est payé par Le Figaro sur la base d'un contrat annuel", explique-t-il, assurant ne pas avoir l'intention de remettre en cause la collaboration avec l'institut de sondage. Vendredi soir, un sondage OpinionWay réalisé pour Publifact sur les vœux 2007 de Nicolas Sarkozy était toujours en ligne sur le site du journal, ainsi que l'article reprenant les résultats, qui assure pourtant que le sondage a été réalisé pour le quotidien. Le Monde.fr, avec AFP et Reuters

Egalité : le concept clef

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in l'Humanité, 13 juillet 2009

L’aspiration à l’égalité revient en force

La crise a donné un nouvel élan aux valeurs de justice sociale. Même Nicolas Sarkozy doit en tenir compte…

« Une société égalitaire, c’est le contraire d’une société de liberté et de responsabilité », lançait Nicolas Sarkozy le 24 mars dernier, lors d’un déplacement à Saint-Quentin. Mais plus récemment, à Versailles, le chef de l’État a ajusté sa vision, déclarant que « pour atteindre l’égalité, il faudra savoir donner plus à ceux qui ont moins ». S’il semble ainsi avoir pris conscience du caractère incontournable, politiquement décisif en période de crise, de la référence à l’égalité, il n’est évidemment pas question pour lui de rompre avec les fondamentaux du libéralisme. La suite de son propos en témoigne : « il faudra savoir compenser les handicaps de ceux auxquels la vie a donné d’emblée moins de chance de réussir qu’à tous les autres. Il ne faut pas le faire sur des critères ethniques. (…) Il faut le faire sur des critères sociaux. » Ainsi, toute visée redistributive se devrait d’avoir pour toile de fond non l’égalité des individus concrets, mais celle des chances, qui appréhende la société comme une grande loterie.

L’égalité des chances ouvre aussi, n’en déplaise au chef de l’État qui redécouvre les « critères sociaux » le temps d’un discours, sur la discrimination positive et les logiques de quotas. Plutôt que de renforcer en tant que telles les zones d’éducation prioritaire (ZEP), on donne ainsi la priorité à des expériences comme les « quotas ZEP » de Science-Po. Et que dire du récent rapport proposant un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises ? Cette proposition vise-t-elle à faire progresser l’égalité entre homme et femme ou, plus prosaïquement, à égaliser formellement l’accès au club de celles et ceux qui tirent profit d’un système social inégalitaire ? « Il n’y a aucune contradiction entre la perpétuation des élites et leur diversification : on s’efforce de les diversifier pour les légitimer, pas pour les faire disparaître », tranche l’universitaire américain Walter Benn Michaels, auteur d’un petit livre paru récemment, la Diversité contre l’égalité (1).

Reste que les inégalités sociales se croisent évidemment avec les inégalités de genre : aujourd’hui en France, les femmes perçoivent des salaires inférieurs d’environ 21 % à ceux des hommes. Et le racisme peut être structurel, comme en témoigne la perpétuation d’une économie de type colonial dans les Antilles. Les formes d’inégalités sont multiples, mais celle des revenus revient au cœur du débat public. Début 2009, l’affaire des stock-options de Daniel Bouton, alors PDG de la Société générale, a inauguré le scandale des revenus des grands patrons. En tenant compte uniquement des salaires, les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 80 et 270 années de SMIC (2). Des chiffres qui donnent l’aspect d’une provocation au fatalisme grinçant d’Ernest-Antoine Seillière, ancien patron des patrons, lequel déclarait, dans le cadre d’un dossier du JDD du 29 mars consacré au « divorce » entre les Français et les « super-riches » : « Nous passons d’un monde où triomphait la liberté à un monde où domine l’égalité. » De l’égalité redistributrice à l’appropriation sociale

Pour que l’égalité domine vraiment, il faudrait peut-être, justement, que la liberté triomphe, non pas la fausse liberté du maître de forge, bien dépendant de ceux qui travaillent pour lui, mais celle de se réaliser soi-même. Cela implique de passer du refus de l’inégalité à l’offensive pour une égalité positive. N’était-ce pas déjà le souci de Marx, opposant, dans sa Critique du programme de Gotha, la logique « à travail égal, salaire égal » d’une société « portant encore les stigmates de l’ancienne société capitaliste » à celle de la société communiste réalisée : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » ? Les luttes pour la « récupération des biens communs », selon l’intitulé du manifeste adopté au Forum altermondialiste de Belem, partent concrètement de cette aspiration à l’appropriation commune, qui se développe dans le monde, notamment en Amérique latine. Début 2009, la Bolivie a adopté par référendum une nouvelle Constitution, dans laquelle certaines ressources, en particulier l’eau, sont considérées comme des biens non privatisables. C’est là le couronnement de plusieurs années de luttes populaires contre des multinationales comme Bechtel, qui utilisaient leur situation de monopole dans certaines régions pour imposer des hausses de tarifs vertigineuses, excluant de fait toute une partie de la population de l’accès à l’eau. Qui dit bien commun dit gestion publique, partout et y compris en France, où l’INSEE a récemment présenté une étude soulignant que les « transferts en nature » réalisés par les services publics (santé, éducation, logement social…) concourent pour plus de deux tiers (69 %) à la réduction des inégalités (3). Loin d’être une valeur abstraite, l’égalité avance en s’appuyant sur les acquis des luttes sociales, cœur battant de toute démocratie véritable. Parler égalité, c’est parler démocratie

Comme à chaque Fête nationale, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 va revenir inspirer les acteurs du débat politique. De ce texte fondateur, on retient généralement une proclamation de portée universelle : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Il ne s’agit cependant que du début de l’article premier, qui se poursuit en stipulant que « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Ainsi, l’égalité est dissociée de « l’égalitarisme » qui effraie tant la droite, et en même temps rapportée à l’idée d’un intérêt général. Mais la question de savoir qui est habilité à définir l’intérêt général ou l’utilité commune n’est pas tranchée. Ce n’est qu’avec la révolution de 1848 que disparaît le suffrage censitaire, qui subordonnait le droit de vote aux ressources. Et encore, dès 1850, une dose de ce suffrage est rétablie, par une loi conditionnant le droit de vote à trois ans de résidence continue dans une même commune. Ainsi, les migrants, petits paysans en exode vers les villes, sont d’emblée exclus, ainsi que les ouvriers précaires. Parler égalité, c’est donc nécessairement parler démocratie – égale liberté d’intervenir dans les affaires publiques du pays où l’on vit et travaille ainsi que droits et pouvoirs d’intervention pour les salariés qui produisent les richesses dans les entreprises. Où en sommes-nous aujourd’hui de ce combat émancipateur ? Laurent Etre

(1) La Diversité contre l’égalité, Walter Benn Michaels. Éditions Raisons d’agir, 2009, 7 euros. (2) Observatoire des inégalités (3) Portrait social de la France 2008, INSEE.

L’égalité, toujours subversive par Denis Colin, philosophe

En 1789, les hommes sont proclamés « libres et égaux en droits », lesquels droits sont « la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». On connaît les contradictions de cette formule : les droits politiques ne figurent pas en tant que tels dans la déclaration. Les droits de l’homme et ceux du citoyen sont distincts. Marx a pu écrire que c’était la déclaration des droits du bourgeois égoïste. La propriété ne devient-elle pas l’organe d’un nouveau servage de la grande majorité au profit de la minorité des propriétaires ? Dans l’enthousiasme de l’été 1789, les contradictions pouvaient disparaître derrière les discours. Les décennies suivantes mirent tout cela à nu : en juin 1848, la République sociale se dressa contre la République bourgeoise et les travailleurs firent valoir leurs droits contre la liberté et la propriété bourgeoises. Ils le payèrent cher. Les bonnes raisons ne manquent donc pas pour soupçonner l’égalité en droits de n’être que la légitimation idéologique d’inégalités sociales qui ne proviennent plus (directement) de la naissance, mais de la propriété. Pourtant, le mot même d’égalité continue d’agir comme un ferment révolutionnaire. Non pas parce que derrière la revendication égalitaire se nicherait l’envie – ainsi que l’affirment les théoriciens libéraux –, mais parce qu’il n’y a pas de liberté sans égalité. Le gouvernement des hommes libres, c’est le gouvernement des égaux, et l’égalité n’est pas une question de grosseur du portefeuille – les patrons égalisent volontiers les salaires vers le bas – mais une question de domination. Dans l’inégalité qui existe entre ouvrier et capitaliste, le problème le plus fondamental n’est pas que le capitaliste gagne beaucoup plus que l’ouvrier – car il pourrait se faire que ce ne soit pas le cas –, mais qu’il soit le représentant du capital qui soumet l’ouvrier aux exigences de l’accumulation. La revendication égalitaire exige, comme le disait le congrès de la CGT de 1906, « l’abolition du salariat et du patronat ». La révolution de 1789-1793 a posé, même sous des formes abstraites, la question de la liberté comme non-domination. Mais l’histoire s’est chargée d’enseigner que la non-domination implique la transformation radicale des rapports sociaux. Les classes dirigeantes savent bien le potentiel subversif que garde l’égalitarisme. Les idéologues de la domination s’évertuent à détruire l’égalitarisme, dénoncé comme une forme sournoise de totalitarisme. Mais ces discours ne suffisaient pas. On détourne donc la revendication égalitaire par une revendication proche, mais parfaitement inoffensive pour l’ordre existant, la nondiscrimination : personne ne peut être empêché d’être capitaliste en raison de la couleur de sa peau ou de ses préférences sexuelles… Ou encore : les pauvres Blancs doivent avoir autant le droit d’être SDF que les pauvres Noirs. Cette double offensive contre l’égalité, frontale et par dénaturation, n’est pourtant que l’hommage du vice à la vertu.

(1) Auteur du Cauchemar de Marx, Éditions Max Milo, 2009

Le 14 Juillet dans un fauteuil Louis XVI Les vingt plus grosses fortunes de la planète sont invitées à Mont-Saint-Martin en Meurthe-et-Moselle. Elles ne viendront pas, mais cette démarche symbolique vise à dénoncer les inégalités mondiales.

Une initiative comme pour de rire, qui cache une très sérieuse analyse. Bill Gates, Warren Buffet et les dix-huit autres figures de proue du capitalisme mondial sont invités à fêter le 14 Juillet à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle). Pas de panique, la municipalité communiste ne projette pas de leur couper la tête, histoire de commémorer la Révolution française. Au contraire : les représentants des vingt plus grosses fortunes de la planète, s’ils viennent - c’est peu probable -, seront confortablement installés pour une cérémonie officielle dans des fauteuils Louis XVI, bien rembourrés et finement ouvragés, qui font partie du patrimoine de la ville. En revanche, il leur sera gentiment demandé de « faire un effort tout à fait indolore », de donner un petit coup de pouce à l’humanité. Bref, de mettre un peu la main à la poche.

Fatigué par « le discours ambiant, le "travailler plus", les parachutes dorés et le projet de retraite à soixante-sept ans », le maire PCF de la ville et conseiller général, Serge de Carli mijote ce projet depuis trois mois. Il repose sur un constat connu de tous, ou presque : « Près de 2,5 milliards de personnes survivent avec 1,50 euro par jour. À l’autre bout, les 793 milliardaires en dollars recensé

en avril 2009 possèdent 1 836 milliards d’euros. » Comme il n’y avait pas assez de fauteuils Louis XVI pour les 793 milliardaires, la mairie s’est limitée à inviter les vingt premiers. Mais elle entend s’adresser à tous. Partant du principe que, « même en vivant plusieurs millénaires, les possesseurs de ces fortunes privées n’auraient aucune possibilité de tout dépenser », il sera proposé aux 793 chanceux de ne conserver que 1 milliard de dollars chacun (soit 765 millions d’euros) et de faire don de tout le reste. Cette manne de 1 229 milliards d’euros serait confiée à une « banque de l’humanité solidaire » créée pour l’occasion et qui servirait à satisfaire certains besoins fondamentaux (eau, santé, éducation). Point de détail : sur les 793 milliardaires, près de 150 ne possèdent qu’un seul milliard de dollars. « Eux, on leur laisse leur argent », déclare, magnanime, le maire Stéphane de Carli.

Ce projet est adossé à une exposition solidement documentée. On pourra y apprendre les derniers chiffres concernant la répartition des richesses entre les pays (les 20 premiers trustent 82,52 % du PIB mondial). On pourra s’y rafraîchir les idées sur la faiblesse de l’aide accordée aux pays les plus pauvres (en chute de 5,1 % cette année), ou encore sur la faim dans le monde, l’accès à l’eau et aux soins. Enfin, à destination de nos amis milliardaires, probablement anxieux à l’idée de se faire spolier de la plus grosse partie de leur fortune, un plaisant panneau de l’expo est intitulé « Comment vivre avec 765 millions ». On y apprendra quelle serait la rémunération annuelle de cette somme placée, « hors de toute tentation spéculatrice », sur un livret A à 1,75 % (faites vous-même le calcul, c’est tout à fait raisonnable).

Mont-Saint-Martin est une commune de 8 500 habitants, près de Longwy, en plein bassin sidérurgique. On l’appelle « la ville aux trois frontières », puisqu’elle jouxte le Luxembourg et la Belgique. Son quartier le plus jeune et le plus dynamique, le Val-Saint-Martin, est aussi une zone classée sensible. Pas vraiment le lieu de villégiature idéal pour nos vingt multimilliardaires. Mais s’ils venaient quand même ? « D’abord, on les remerciera chaleureusement pour leur courage, explique Serge de Carli. On leur demandera ensuite de faire un petit chèque de 500 millions d’euros, une broutille par rapport à ce que nous réclamons. Cette somme nous aiderait, entre autres, à mener à bien notre projet de rénovation urbaine et à refaire nos installations sportives. »

Mehdi Fikri

Berlin suspend sa ratification du traité de Lisbonne

Allemagne . La Cour constitutionnelle met en cause les carences démocratiques de la transposition en droit national du texte européen.

Nouveau contretemps surprise dans le processus de ratification du traité de Lisbonne : la Cour constitutionnelle allemande a annoncé hier qu’elle suspendait la ratification de l’Allemagne - adoptée il y a quelques mois par voie parlementaire - tant qu’une loi d’accompagnement préservant les droits du Bundestag et du Bundesrat n’était pas promulguée.

Agissant sur des plaintes déposées par des députés de Die Linke, d’un côté, et de la droite eurosceptique, de l’autre, la Cour a certes jugé que le traité était « compatible » avec la Constitution. Mais pour ajouter aussitôt que son adoption devait être conditionnée à celle d’un nouvel arsenal législatif national, afin que Bruxelles ne puisse empiéter sur les droits des citoyens. Autrement dit : si les juges vers lesquels tous les regards des « élites » européennes étaient tournés n’ont pas condamné le texte, ils n’en ont pas moins exprimé le besoin de le border sérieusement pour préserver les droits des citoyens.

La décision illustre en fait une nouvelle fois les terribles carences démocratiques du texte européen, lesquelles carences ont été l’une des raisons majeures de son rejet dans les opinions à chaque tentative de greffe depuis quatre ans. Après la présen-tation infructueuse du traité constitutionnel fixant la construction européenne dans un cadre de marbre libéral, recalé par les référendums français et néerlandais, son clone adopté à Lisbonne est ainsi soumis à un véritable parcours du combattant. Son sort dépend, on le sait, d’une nouvelle consultation du peuple irlandais, prié de revoter à l’automne après avoir dit « non » une première fois. Et maintenant voilà que la Cour constitutionnelle allemande relève elle-même de graves manquements démocratiques.

L’arrêt des juges de Karlsruhe, siège de la Cour constitutionnelle, est en effet on ne peut plus explicite. Il souligne qu’en raison d’un « déficit de démocratie structurel » au niveau de l’Union européenne (UE), les droits de codécision du Parlement allemand doivent être clairement inscrits dans une loi. Aux yeux de la cour, ce serait le seul moyen de « garantir l’efficacité du droit de vote » des citoyens allemands et de « veiller » à ce que l’UE « n’outrepasse pas les compétences qui lui ont été octroyées. »

Une course de vitesse est désormais engagée à Berlin pour que la loi d’accompagnement exigée par la Cour, soit élaborée et ratifiée par le Bundestag le plus vite possible. Les partis de la grande coalition (CDU et SPD) se sont réunis en urgence et la chancelière Angela Merkel a aussitôt fait annoncer que le Bundestag serait prié d’interrompre sa pause estivale pour siéger le 26 août et lancer le processus de ratification de la loi afin qu’elle puisse être promulguée au plus tard le 8 septembre. Tout nouveau délai pourrait avoir un effet calamiteux sur la suite du processus de ratification en Irlande et ailleurs (voir encadré ci contre). Mais aussi sur les législatives prévues outre-Rhin à la fin du mois de septembre.

En dépit de la très large majorité dont dispose les partis sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates, il n’est pas exclu que ce processus de ratification à l’arraché ne suscite des réactions fortes au sein de l’opinion publique. Selon de récents sondages, une immense majorité de citoyens (de 70 % à 85 % des personnes interrogées) continuent de se prononcer pour la tenue d’un référendum sur le sujet ; dont l’issue, selon tous les observateurs, s’annoncerait très incertaine. L’organisation d’une consultation populaire serait pourtant « le seul moyen », souligne Die Linke, de rendre sa « légitimité perdue » au processus de ratification. Et il n’est pas certain que le débat n’interfère dans la campagne des législatives. Ce qui, fait-on observer au siège de Die Linke, à Berlin, n’est naturellement pas de nature à rassurer « les partis du consensus néolibéral. »

Bruno Odent

mercredi 8 juillet 2009

La déréglementation du Code du travail deviendrait la norme

La proposition de loi sur le travail dominical est loin de garantir que les salariés qui travaillent le dimanche seront tous volontaires et payés double. Décryptage. L’UMP, qui a fait du dimanche une affaire de principe, explique : « Le travail le dimanche est basé sur le volontariat ; les salariés (dans les zones où il est autorisé) sont payés le double, bénéficient du repos compensateur et d’un droit de retrait s’ils ne veulent plus travailler le dimanche. » Faux : le texte permet de généraliser le travail dominical dans des conditions très défavorables pour les salariés. Deux catégories de zones géographiques - Les communes et zones touristiques : la liste est fixée par le préfet sur proposition du maire. Tous les établissements de vente au détail (sauf les grandes surfaces alimentaires) situés dans ces zones pourront « de droit » faire travailler leur personnel le dimanche toute l’année. Jusqu’ici, ce n’était possible que pour les commerces ayant une activité liée au tourisme, et pendant la saison touristique. Le dimanche devient donc un jour de travail comme un autre, sans contrepartie en majoration de salarie ni récupération. Il existe environ 500 « zones touristiques », et un effet domino n’est pas à exclure : le quartier d’affaires de la Défense, avec son centre commercial des Quatre-Temps, est classé « zone touristique ». Rien n’empêche d’imaginer un sort similaire pour les quartiers des Halles à Paris ou de la Part-Dieu à Lyon. - Les « périmètres d’usage de consommation exceptionnel », ou PUCE : il s’agit d’« unités urbaines de plus de 1 million d’habitants », définies « au vu de circonstances particulières locales et d’usages de consommation de fin de semaine ». Traduction : « les agglomérations de Paris, Aix-Marseille et Lille », mais pas Lyon, précise bizarrement l’exposé des motifs du texte, histoire de rassurer les députés UMP lyonnais très remontés sur la question. Ces zones sont délimitées par le préfet après consultation des communes concernées. Rien n’empêchera donc Lyon de devenir un jour un PUCE. Les autorisations d’ouverture seront accordées pour cinq ans, et non plus pour « une durée limitée » (en pratique six mois) comme aujourd’hui. Les salariés seront-ils payés double ? Rien ne le garantit. Dans les zones « touristiques ou thermales », le dimanche travaillé est un jour comme les autres, payé comme les autres, sauf accord plus favorable. Dans les zones « urbaines de consommation exceptionnelle », tout dépendra de la négociation. Pour ouvrir le dimanche, l’employeur devra avoir signé un accord collectif avec les salariés ou, à défaut, organisé un référendum dans l’entreprise. L’accord collectif devra fixer les « contreparties accordées aux salariés privés du repos dominical ». Mais le texte ne fixe pas de niveau minimum à cette contrepartie, qui peut demeurer symbolique. Un accord d’entreprise pourra-t-il prévoir des contreparties en salaire inférieures à ce qui est prévu par une convention collective ? Mystère. Le paiement double n’est garanti que dans un cas : si l’employeur prend une décision unilatérale qu’il devra valider par un référendum. L’employeur a donc intérêt à organiser une négociation, sur une base minimale… « Dans la réalité, ce doublement de la rémunération est un leurre, puisque les employeurs la compensent par des pressions sur les salaires le reste de l’année », explique un salarié du BHV. Ces majorations s’appliqueront-elles à tous ? Le groupe UMP à l’Assemblée a été très clair : c’est non. Le doublement du salaire ne concernera que les nouveaux salariés, pas ceux qui travaillent déjà le dimanche. La question se posera dans l’ameublement, où la convention collective ne prévoit pas le doublement du salaire. Que des volontaires ? Le volontariat est loin d’être garanti par le texte. Dans les zones touristiques, les salariés seront obligés de travailler le dimanche si leur employeur le demande, sous peine de licenciement. Dans les PUCE, « seuls les salariés volontaires ayant donné leur accord par écrit peuvent travailler le dimanche » ; une entreprise ne peut refuser d’embaucher quelqu’un parce qu’il ne veut pas travailler le dimanche ; le salarié « qui refuse de travailler le dimanche ne peut faire l’objet d’une mesure discriminatoire » ; le refus de travailler le dimanche « ne constitue pas une faute ou un motif de licenciement ». « Avec le lien de subordination, le volontariat n’existe pas », réagit Jean- Pierre Sorrento, militant CGT de Casino. « C’est un secteur où le personnel est massivement féminin, à temps partiel, et où les pressions sur les horaires, les récupérations ou les jours de congé sont monnaie courante ». Existe-t-il un droit de retrait ? Non. L’accord collectif doit prévoir « les conditions dans lesquelles l’employeur prend en compte l’évolution de la situation personnelle des salariés privés de repos dominical ». On ne fait pas plus flou. En l’absence d’accord, l’employeur demande chaque année au salarié s’il souhaite « bénéficier d’une priorité » pour occuper un emploi où il ne travaillera plus le dimanche. La seule obligation de l’employeur est donc de poser la question. Lucy Bateman

dimanche 5 juillet 2009

« Nous avons besoin de relais politiques »

Roland Gori, professeur de psychopathologie et initiateur de l’Appel des appels, participe au forum du Front de gauche.

« On manque de relais politiques pour transmettre notre message. L’initiative du Front de gauche nous paraît être un bon début pour combler ce déficit ». C’est ainsi que Roland Gori, professeur de psychopathologie à l’université d’Aix-Marseille et initiateur de l’Appel des appels, explique le sens de sa présence, ce soir, au forum parisien de la Mutualité. « Il ne s’agit pas de nous aligner sur les positions d’un parti. Mais nous avons cru déceler, avec le Front de gauche, un souci d’assurer ce relais. »

Pour le scientifique, la

mobilisation de diverses professions d’intérêt général (soins, information, culture, recherche, etc.) révèle une « conception politique » qui transcende la singularité des métiers : « L’Appel des appels fait le constat que les secteurs professionnels ayant en charge la sauvegarde du bien public sont confrontés à des souffrances qui révèlent une pathologie de civilisation. Au-delà des symptômes, chacun se plaint de la même chose : l’idéologie de l’homme économique, plongé dans la recherche du profit immédiat, des résultats de court terme, et de la rentabilité maximale. »

Un mal qui s’accompagne de son cortège de flexibilité,

de précarité, de casse des statuts, mettant à mal le coeur même des métiers visés. « Le trait commun à cette offensive idéologique est la tentative de nous faire accepter cette marchandisation de notre travail, comme une forme de soumission volontaire. C’est pourquoi la conception que l’on se fait de nos métiers est hautement politique. » « À tous les secteurs de la société est appliquée une prescription purement idéologique, qui consiste à réformer nos métiers au nom de valeurs qui se sont pourtant avérées toxiques dans les secteurs mêmes qui les ont générées », explique le professeur, en allusion à la recherche effrénée du profit qui a déclenché la crise financière. Une crise qui, pour lui, ne se limite pas à sa dimension économique et sociale, mais est aussi « politique et morale ». « En refusant de brader le coeur de nos métiers, nous élevons une indignation morale et attestons d’un choix politique, éthique, social, confie-t-il. Nous avons vraiment besoin de partager nos expériences. »

L’Appel des appels entend ainsi sensibiliser l’opinion et les politiques à cette conception solidaire des professions qu’il rassemble, contre « la logique assurancielle, probabiliste et individualiste mise en oeuvre par les réformes sarkozystes ».

l'Humanite, 3 juillet 2009

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