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Enseignement & Recherche

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mercredi 3 mars 2010

Enseignement supérieur et Recherche : le débat

Le débat souligne les responsabilités de la Région pour défendre le Service public.

27 février 2010

Le lieu ne pouvait être mieux choisi pour débattre de l’avenir de l’enseignement supérieur et de la recherche que cet amphithéâtre de la faculté St Charles à Marseille dédié à la mémoire d’Yvan Massiani, cet inlassable militant du droit à la connaissance trop tôt disparu.

Un amphi bien rempli par une centaines d’enseignants, de chercheurs, de personnel techniques, d’étudiants venus débattre avec des candidats de la liste du Front de Gauche, dont Anne Mesliand, tête de liste dans les Bouches-du-Rhône et Alain Hayot, Vice-Prési­dent du Conseil régional en charge de la Recherche. Introduisant l’échange, Anne Mesliand a brossé une situation très dégradée des universités qui « courent des risques majeurs ». Elle met en accusation la loi LRU qui fait entrer « les logiques de privatisation » dans l’enseignement supérieur. Dans ce contexte, « les Régions peuvent-elles résister à ces politiques ? » se demande la candidate.

50 millions par an

En charge du dossier au Conseil régional, Alain Hayot rappelle que la région « a investi 400 millions d’euros depuis 1998, dont 50 millions par an dans les quatre dernières années ». Des efforts qui se sont portés en priorité « sur la vie étudiante, la recherche, la culture scientifique ». « Nous avons défini cette politique comme étant en soutien au service public de l’Enseignement supérieur et de la recherche », ajoute-t-il. Mais « aujourd’hui, nous sommes entraînés dans des processus qui sortent du Service public. Nous ne pouvons pas continuer comme s’il ne se passait rien ». Il considère « avoir été confronté à des décisions de caractère politique difficile ». Par exemple sur le dossier de la fusion des trois universités provençales, conçu de manière peu démocratique et qui ne s’arcboute pas « sur un projet scientifique ». Ou encore sur le plan Campus du gouvernement qui créé les conditions « d’un partenariat public privé et engage ainsi un processus de privatisation ». Pour Alain Hayot « cela montre qu’il faut refuser d’entrer dans la co-gestion avec les politiques gouvernementales ».

La galère du quotidien des étudiants

« Nous ne voulons pas du privé à l’université », témoigne une syndicaliste qui décrit « la grande précarité de l’emploi notamment parmi le personnel technique ». Elle s’inquiète de certaines prises de position de la liste socialiste sur le sujet. « Je me pose la question du deuxième tour », lance-t-elle. Un jeune étudiant, responsable de l’UEC, raconte « la galère du quotidien » des étudiants. La plupart « travaillent, souvent dans des boulots les plus « pourris » pour des salaires de misère ».

Pour l’astronome Jacques Boullesteix qui qualifie « le plan Campus d’escroquerie », « l’Université et la recherche ont besoin d’être soutenu par l’ensemble de la population. Le soutien des collectivités locales est donc essentiel. » Un enseignant-chercheur à l’Ecole centrale de Marseille souligne que les tenants de l’ordre libéral souhaitent « une économie de la connaissance la plus compétitive possible. C’est qu’il il y a du fric à faire. Aussi on casse tout ce qui est collégialité pour le remplacer par une gestion managériale ».

Candidat sur les listes du Front de Gauche, Philippe Blache, directeur d’un laboratoire de linguistique, dénonce lui aussi « l’éclatement de toutes les structures collectives » qui « remet en cause nos propres vocations ». Également candidat, l’économiste Jean-Paul Moatti considère « qu’un scientifique est payé pour produire un bien public qu’il s’agit de mettre à la disposition de l’humanité. C’est le contraire de la loi du marché. » Dénonçant « un capitalisme de prédation », il s’en prend « à la politique de démantèlement des organismes de recherche français » et accuse « la précarité grandissante de l’emploi scientifique. C’est un gâchis phénoménal ».

Pour Alain Hayot, la politique régionale ne peut en aucune façon « remettre en cause la compétence régalienne de l’État en matière d’enseignement supérieur ». Mais cette politique sera surtout fonction « du rapport de force politique qui se construit dans les urnes ». S’il considère que « la Gauche va gagner », il se prononce « contre tout compromis boiteux entre les deux tours. (…) Nous allons nous battre pendant tout le mandat pour la ligne politique que nous défendons ».

Christian Digne (La Marseillaise, le 27 février 2010)

Contre la mise en concurrence, les coopérations

Dans son projet pour la région PACA, le Front de Gauche propose « de rassembler l’ensemble des universités de la Région dans un pôle universitaire public régional démocratiquement géré de manière autonome par la communauté universitaire, permettant de mettre en cohérence les formations, de promouvoir les coopérations et les mutualisations contre la concurrence ».

Il suggère aussi de mettre en place « une conférence régionale de l’enseignement supérieur et de la recherche réunissant les représentants de l’État, des collectivités, du monde syndical, patronal et salariés, des universités des organismes de recherche, ainsi que les représentants de l’ensemble des personnels universitaires et de recherche et des représentants étudiants, afin de mettre en cohérence les politiques de chacun et de mieux définir en région des politiques de recherche et de formation en lien avec le développement régional ». Le Front de Gauche refuse « toute participation de la Région au partenariat public privé, au dotation en capital et la logique actuelle des fondations, définie par la LRU ».

dimanche 6 décembre 2009

L'effet d'aubaine du crédit Impot-Recherche

Cet instrument fiscal présenté comme l’arme qui permettra à la France de devenir un leader de la recherche mondiale et de préserver son industrie ne remplit pas son objectif.

Depuis le 1er janvier 2008, quel pays vous offre 50 millions d’euros si vous en investissez 100 dans la recherche & développement (R&D)  ? La France  ! Partant du principe que le système institutionnel ne fournirait pas les incitations nécessaires, le gouvernement a modifié le système d’incitations en triplant, par exemple, le crédit impôt recherche, qui a pour objectif d’accroître l’investissement en recherche et développement des entreprises françaises, en abaissant son coût. Mais loin de créer une véritable coopération entre les entreprises, il renforce la concurrence.

En 2006, dernières données disponibles, l’effort de recherche s’établit à 2,10 %, en France, au-dessus de la moyenne de l’Union européenne à vingt-sept (1,76 %), mais en dessous de celle de l’OCDE. Notre pays est devancé par le Japon (3,32 %), les États-Unis (2,62 %) ou l’Allemagne (2,53 %). Il est encore loin des 3 % ambitionnés à Lisbonne pour 2010. En France, l’effort de recherche est particulièrement fourni par le secteur public, dans la mesure où la recherche publique y intervient dans des domaines spécifiques  : défense, énergie nucléaire, espace et aéronautique. Alors que la recherche privée représente à peine plus de la moitié du total des dépenses, soit environ 1,2 % du PIB. Une contribution nettement inférieure à celle des pays les plus innovants, pour lesquels les entreprises apportent les deux tiers de la dépense.

Plusieurs rapports dressent un bilan peu glorieux du crédit d’impôt recherche (CIR) qui pèse 4 milliards d’euros. Un rapport d’information, déposé le 2 juillet à la présidence de l’Assemblée nationale par le député UMP Gilles Carrez, considère que « le coût du crédit d’impôt est directement lié aux évolutions législatives du dispositif » et non à une augmentation de l’effort de recherche des entreprises. En effet, depuis janvier 2008, le calcul ne se fait plus sur la croissance des dépenses de recherche, mais sur leur niveau en volume. Si bien que les firmes de très grande taille bénéficient davantage du CIR, en proportion et en volume, que les PME. Pire, le rapport indique que « c’est le secteur des services qui, avec 1 174 millions d’euros en 2007, représente près des deux tiers des créances, en particulier les entreprises de services bancaires et d’assurance qui sont celles qui ont le plus bénéficié du CIR ».

Autrement dit, un secteur a priori peu innovant et qui a privilégié une innovation financière scandaleuse. À l’instar des fameuses subprimes, crédit hypothécaire, ou des rachats d’entreprises par des fonds d’investissement spéculatif.

Clotilde Mathieu

vendredi 26 juin 2009

Les universités américaines dans la tourmente du marché

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Washington . La réduction des donations ou les déboires de la spéculation ont creusé les déficits des établissements jusqu’aux plus prestigieux.

Réputée pour son accueil des étudiants venant de familles sans grands moyens financiers, l’administration de l’université de Reed, à Portland (Oregon), a calculé, recalculé les comptes pendant des semaines pour conclure qu’ils ne pouvaient plus garder la classe d’accueil prévue pour ces étudiants. Plus assez d’argent. Moins de généreux donateurs, moins de fonds venus des fondations ou des anciens élèves (-25 %). Les « réserves » placées en Bourse ont périclité. Les coûts de gestion augmentent plus vite que les prix et il manque 50 000 dollars pour boucler le budget de l’établissement, qui accueille 1 300 étudiants.

La solidarité passe à la trappe au moment où les demandes d’inscription de candidats démunis sont plus nombreuses (23 % cette année) avec la montée du chômage, l’augmentation des frais médicaux…

1500 universités privées

La crise frappe toutes les universités, tout le système d’éducation dont le pays était si fier, présenté par les idéologues de Sarkozy comme un modèle d’intégration, d’équité et d’efficacité.

Le président de Reed, Colin Diver, explique que la direction s’est refusée à réduire le personnel. Ce serait porter atteinte aux programmes, à la qualité de l’enseignement, explique-t-il au New York Times. Augmenter les droits d’inscription, le coût des études serait augmenter la pression sur des familles qui se débattent dans des situations difficiles.

Reed est emblématique. Mêmes les plus riches des 1 500 universités privées subissent des déficits qu’elles - comblent en supprimant des emplois, en abandonnant des programmes. À Clemson, un autre établissement, on a même supprimé cinq jours de salaires. À Syracuse, un tiers des étudiants font appel à l’aide sociale. Un record pour cette ville du nord-est. Dans dix-neuf États, en vingt-cinq ans, l’apport extérieur de capitaux est passé de 30 % à 19 %.

Cette dégradation fait l’objet d’une analyse détaillée d’Andrew Delbanco, dans la New York Review of Books. Il publiera un livre sur le sujet à la prochaine rentrée qui s’annonce désastreuse.

Les universités prestigieuses, Harvard, Yale, Stanford, sont aussi dans la tourmente. Les administrateurs connaissent la même descente aux enfers. Les hommes d’affaires qui en fixent la stratégie ont aussi spéculé avec les fonds des universités au casino de Wall Street, quand ils n’ont pas investi chez l’escroc Bernard Madoff. Vingt millions envolés pour l’université de New York (NYU) et celle de Tufts (Massachusetts), qui se présente modestement comme « dédiée à l’éducation des nouveaux leaders qui vont changer le monde ». Emplois, salaires sont pris dans ce tourbillon. Des enseignants font des cours dans plusieurs établissements pour se maintenir à flot.

et les universités publiques ?

Si les universités publiques sont relativement épargnées, malgré les restrictions de crédits fédéraux et des États, la crise d’un marché qui devait assurer la prospérité générale les atteint également. Le gouverneur de la Californie, autre symbole éclatant de la réussite, vient d’annoncer la réduction de centaines de millions de dollars pour la célèbre université de Californie (UCLA). L’une des six universités les mieux classées aux États-Unis, qui compte plus de prix Nobel qu’aucune autre. Les créateurs d’Apple et d’Intel y ont été formés. 120 000 emplois, 220 000 étudiants, cinq centres médicaux soignant 3 600 000 patients par an sont visés par les coupes proposées par Terminator, dans le rôle du gouverneur républicain - Arnold Schwarzenegger, dont l’État est en faillite.

Jacques Coubard

lundi 1 juin 2009

A quoi doit servir l'Université ?

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l'Humanité des débats, samedi 30 mai 2009

Avec Frédérique Bassino, professeur d’informatique à Paris-XIII, membre de la commission administrative nationale du SNES-SUP ; Isabelle Bruno, maître de conférences en sciences politique à Lille-II ; Jean-Louis Fournel, maître de conférence en langue et littérature à Paris-VIII, président de Sauvons l’université (SLU) ; François Vatin, professeur de sociologie à Paris-Ouest-Nanterre, signataire du « Manifeste pour la refondation de l’université française ».

Le mouvement de rejet de la réforme gouvernementale fédère enseignants, étudiants, personnels de l’université, comme cela a rarement été le cas. Est-ce que vous vous battez pour le statu quo ou pour une autre réforme ?

Jean-Louis Fournel. Contrairement à ce qu’ont voulu dire nos adversaires, ce mouvement n’est pas conservateur, il n’est pas favorable au statu quo. Nous avons tous demandé, depuis le début, des négociations globales parce que nous sommes profondément conscients qu’il y a une crise globale de l’université et que c’est de là qu’il faut partir. Quelle que soit la façon dont la ministre, avec une brutalité qui n’a eu d’égale que son incapacité à dialoguer dans les mois précédents, a fait agir les recteurs comme des préfets en mission, ce mouvement n’est pas terminé. Ce qui est en jeu est trop important pour qu’il s’arrête.

Isabelle Bruno. Les assemblées générales auxquelles j’ai assisté à Lille témoignent d’une double prise de conscience. De plus en plus de collègues sont convaincus que nous sommes engagés dans une lutte de longue durée et que cette lutte n’est pas simplement dirigée contre le gouvernement actuel. La casse du service public d’enseignement supérieur et de recherche ne concerne pas seulement la France, mais elle s’inscrit au niveau européen, avec une implication de plus en plus forte des institutions communautaires (Commission, Conseil) et d’autres acteurs comme l’Association européenne de l’université, très active dans le « processus de Bologne », ou le récent G8 des universités (1). C’est à ce niveau que nous devons créer un rapport de forces. Nous ne sommes pas dans une bataille corporatiste pour la survie d’une institution qui persisterait dans son être, mais dans une bataille politique opposant des projets de société.

Frédérique Bassino. L’emploi, le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche, la place des formateurs dans notre société à travers la question du statut, de la formation, du mode de recrutement des enseignants-chercheurs, des enseignants du primaire et du secondaire sont des axes importants du mouvement. La volonté de toute la communauté universitaire de discuter sur l’ensemble témoigne d’une réflexion globale. Et des idées importantes ont été réaffirmées, comme le fait que le savoir n’est pas une marchandise ou comme l’attachement du monde de l’université et de la recherche à la collégialité et à la coopération.

François Vatin. Il ne peut y avoir de statu quo parce que c’est une chose de gagner un combat politique contre un gouvernement qui engage des réformes qui ne nous satisfont pas, c’est une autre chose de gagner un combat pratique vis-à-vis d’un public qui, pour des raisons diverses, privilégie de façon systématique des dispositifs sélectifs, professionnalisants, voire payants. Il ne suffit pas de dire que la qualité de l’enseignement dans l’université française est bonne, ce dont je suis persuadé - encore faut-il en convaincre ce public. Lorsque, comme je l’ai vu, un chauffeur de taxi se sent obligé de payer très cher une école privée préparant au concours d’orthophoniste pour sa fille qui vient de réussir le bac S avec mention très bien, on mesure que nous avons un défi difficile à relever. C’est ce qui me mobilise, parce que c’est par ce biais qu’on accroît l’injustice sociale.

La mise en concurrence de l’université, d’abord avec les grandes écoles, ensuite avec de multiples écoles professionnalisantes, notamment privées, s’est amplifiée au cours des dernières années. Le gouvernement ne cherche-t-il pas à inscrire encore davantage l’université dans cet environnement en la privatisant par morceaux ?

Jean-Louis Fournel. Le député rapporteur de la loi LRU, Benoist Apparu, a dit explicitement que le problème de l’université française était son insuffisante adaptation au monde de l’économie. On voit ce qu’il a en tête. Nous ne pouvons accepter qu’on impose dans le champ universitaire les critères qui prévalent dans l’organisation du champ économique. Par ailleurs, il ne faut pas ignorer que, selon l’OMC et l’OCDE, dont les directives sont très claires sur le sujet, le savoir est un bien marchand comme un autre. Quant aux grandes écoles, la question est un peu différente. Elles sont une particularité française, des lieux où se forme intégralement le groupe dirigeant de l’État et de l’économie, mais où, sauf exception, on fait peu de recherche scientifique. Le paradoxe, c’est qu’on demande à l’université d’être le lieu de production de la recherche, mais on organise le « siphonnage » des meilleurs étudiants vers les grandes écoles. Aucun gouvernement, de droite comme de gauche, n’a su traiter ce problème.

Frédérique Bassino. Il est peu fair-play de mettre en parallèle les résultats des universités avec ceux des grandes écoles où on a dirigé les meilleurs étudiants en leur donnant de surcroît deux fois plus de moyens. Dans tous les cas, quelles que soient les comparaisons, lé est le parent pauvre de l’enseignement supérieur.

François Vatin. Il ne faut pas trop se fixer sur le cas des grandes écoles. C’est l’arbre qui cache la forêt. On invoque souvent ces fleurons historiques de l’enseignement supérieur français pour dire qu’il ne faut pas casser ce qui marche. Mais, derrière les grandes écoles, s’est développé tout un enseignement supérieur privé, très mal connu et parfois d’une grande médiocrité. La transformation imposée à l’université dans le cadre des réformes en cours est sans doute inquiétante. Mais ce processus de contournement de l’institution universitaire l’est à mon sens plus encore, tant pour la qualité de l’enseignement supérieur que pour l’équité sociale dans l’accès aux formations.

Isabelle Bruno. Il n’y a pas encore de privatisation à proprement parler. En revanche, il y a la volonté, beaucoup plus insidieuse, d’une part, de conformer l’administration des universités à la gestion des entreprises, sous cette forme qu’on appelle « la gouvernance » (on retrouve cela pour l’hôpital) et, d’autre part, d’associer des acteurs économiques, des patrons, notamment le MEDEF, aux instances dirigeantes, aux conseils d’administration des universités pour y insuffler l’esprit d’entreprise.

Frédérique Bassino. Avec le désengagement de l’État et le transfert des charges aux universités, on peut s’attendre à ce que les appels à des fonds privés se multiplient. À brève échéance, l’augmentation des frais d’inscription et la mise en place de prêts étudiants pour financer les études risquent de devenir d’une brûlante actualité.

François Vatin. La privatisation et ce qu’on pourrait appeler la « désacadémisation » de l’enseignement supérieur sont déjà là. Prenons le cas de l’enseignement scientifique. Seuls 15 % des bacheliers scientifiques poursuivent leurs études en sciences à l’université. Les autres se répartissent entre les classes préparatoires aux grandes écoles (de plus en plus souvent ouvertes dans des établissements privés), la première année de médecine (sachant qu’aujourd’hui, pour réussir le concours, beaucoup s’inscrivent aussi, parallèlement, dans un établissement privé), et enfin les IUT, qui sont publics, mais aussi les classes de BTS, ouvertes également, le plus souvent, dans des lycées privés. Autrement dit, il ne suffit pas de défendre les valeurs de l’université pour ceux qui sont en son sein ; il faut se poser la question de la place de l’université dans l’ensemble de l’enseignement postbac en France, en prenant conscience qu’elle est en train d’être marginalisée.

Le gouvernement, se référant aussi au classement de Shanghai, invoque un problème de compétitivité et prône la mise en concurrence des universités…

Isabelle Bruno. Le gouvernement français n’a rien inventé. Il reprend une croyance largement partagée par tous les adeptes du néolibéralisme, ou plutôt de ce qu’on appelle « la nouvelle gestion publique », à savoir qu’on ne devient compétitif qu’en étant soumis à la concurrence. Dès lors qu’on assigne aux universités un objectif de compétitivité (aussi absurde soit-il), elles doivent prouver leur capacité à survivre dans une compétition internationale objectivée dans les palmarès. Il leur faut notamment se plier aux critères de classement retenus pour se hisser dans le peloton de tête. C’est ce raisonnement qui sous-tend la politique des pôles (pôles de compétitivité, pôles de recherche et d’enseignement supérieur, mais aussi pôles hospitaliers), suivant une logique industrielle de fusion, de taille critique et d’attractivité internationale. L’« université compétitive » doit être visible dans l’espace mondialisé et se distinguer par ses performances, pour attirer des capitaux à la fois financiers (à travers des fondations et des frais d’inscription en hausse) et « humains » (les meilleurs cerveaux : prix Nobel, enseignants-chercheurs « publiants », « bons » étudiants « vite sortis »). Ce réaménagement inégalitaire du territoire répond aux prescriptions de l’OCDE et se retrouve chez nos voisins européens. Les politiques éducatives et scientifiques sont donc alignées sur les politiques d’entreprise et d’innovation, dans l’objectif de bâtir un « marché de la connaissance ».

Jean-Louis Fournel. Je suis tout à fait d’accord avec cette analyse. Quant au fameux classement de Shanghai, on oublie toujours de rappeler qu’il a été fait pour faciliter le choix par les étudiants chinois de l’université étrangère où poursuivre leurs études. Il défavorise les sciences humaines et sociales, les lettres par rapport aux sciences. Il est fondé sur une conception de l’évaluation purement quantitative qui pénalise les coopérations. Albert Fert explique que, faisant partie d’une unité mixte avec le CNRS, son prix Nobel rapporte, selon les critères de Shanghai, deux fois moins de points à l’université. On pourrait multiplier les effets pervers de ce type de classement, parler des universités américaines qui « achètent » des prix Nobel pour remonter de quelques places dans le classement, rappeler aussi que ne sont, pour l’essentiel, prises en compte que les recherches rédigées en anglais.

Frédérique Bassino. Le rôle de l’université est aussi de transmettre des savoirs. Comment mesurer la compétitivité d’une université qui, tout en recrutant dans un milieu relativement défavorisé, forme ses étudiants à un niveau qui leur permet une insertion dans le monde du travail ? Nos dirigeants devraient réfléchir aussi à l’expérience de l’école mathématique française, une des plus prestigieuses au monde puisqu’elle compte de nombreuses médailles Fields, l’équivalent du prix Nobel pour cette discipline. Dans le journal du CNRS, le directeur scientifique pour les mathématiques explique que cette école française est fondée sur une politique de réseau, d’irrigation de l’ensemble des laboratoires du pays. Tout le contraire de la mise en concurrence.

Isabelle Bruno. La compétitivité appliquée aux activités éducatives et scientifiques est un non-sens dès lors qu’on considère que la fonction sociale de l’université est de former des citoyens, d’émanciper les individus des pouvoirs économiques et politiques. Il ne faut pas s’attaquer aux critères des classements mais à leur raison d’être.

François Vatin. Mais nous risquons de défendre l’esprit universitaire pour une fraction de plus en plus faible du public qui, de surcroît, se retrouve là par défaut. Notre débat tourne autour de l’université, alors qu’il devrait tourner autour du service public d’enseignement supérieur en France. C’est la raison pour laquelle, dans le premier point de l’appel que nous avons lancé (2), nous préconisons la création d’un véritable ministère de l’enseignement supérieur qui ait la tutelle sur l’ensemble du dispositif. Nous n’allons pas faire disparaître de but en blanc tout ce qui s’est constitué au fil des ans. Il faut en prendre acte mais en finir avec un ministère de l’Enseignement supérieur qui n’a que la tutelle des universités stricto sensu. En France, pour s’installer comme boucher, il faut un CAP, mais pour monter une boîte privée d’enseignement supérieur, rien n’est exigé. Nous sommes face à une privatisation rampante, cachée et anarchique de l’enseignement supérieur.

Frédérique Bassino. Quand on parle de l’attractivité des universités, la question des moyens n’est pas qu’une clause de style. L’enseignement supérieur doit, à l’heure actuelle, faire face à un afflux de nouveaux bacheliers et ce public n’est pas le même qu’il y a quarante ans. Par contre, classes préparatoires, filières d’IUT, sections de techniciens supérieurs ou écoles privées (pas forcément de bonne qualité, en effet) ont en commun, pas tant le côté sélectif, que le fait que ce sont des petites structures où les étudiants sont très suivis, où ils sont pendant de nombreuses heures en présence du personnel enseignant. Cette assurance de bénéficier d’un encadrement important compte pour beaucoup dans les choix d’orientation. De ce point de vue, on ne peut pas se satisfaire du fonctionnement actuel des licences universitaires, elles ne sont pas attrayantes. Donc, je reviens à l’idée que la question des moyens, en particulier du nombre d’enseignants qualifiés, ayant du recul, des idées, faisant de la recherche, est fondamentale. Cela ne réglera pas tout, mais c’est une des conditions essentielles de lutte contre l’échec scolaire et pour que des projets innovateurs, adaptés à des publics qui auparavant n’accédaient pas à l’université, puissent être mis en place.

Isabelle Bruno. À écouter François Vatin, on a l’impression que le problème des universités est la perte d’effectifs, alors que notre cheval de bataille - la revendication, face aux 900 postes supprimés, d’un plan pluriannuel de création d’emplois - tient plutôt au sureffectif d’étudiants, entraînant un sous-encadrement pédagogique. L’enjeu est bien de leur offrir de meilleures conditions d’études. Or, celles-ci dépendent étroitement des conditions de travail des personnels universitaires qui s’avèrent de plus en plus précaires.

François Vatin. Le ministère annonce une réduction des effectifs universitaires pour l’année prochaine comme une conséquence des grèves. C’est une opération de communication. Mais il ne prend pas beaucoup de risques parce que le mouvement de réduction des effectifs est une réalité qu’il ne faut pas nier, qui fait partie du problème. Nous avons connu une expansion exponentielle jusqu’au milieu des années 1990 ; ensuite, les effectifs se sont stabilisés, alors que, parallèlement, les formations extra-universitaires n’ont cessé de croître. Ainsi, le taux d’inscription à l’université des bacheliers sortant du bac a baissé de 10 % entre 1997 et 2007, passant de 45 % à 35 % des effectifs.

Jean-Louis Fournel. Je partage une partie du diagnostic, mais la question du nombre de personnes qui s’inscrivent à l’université, même si elle est loin d’être secondaire, n’est peut-être pas le bon levier pour notre réflexion car les formes de causalité pour en rendre compte sont multiples. Il faut donc se garder d’avoir un discours catastrophiste et décliniste en liant des choses qui ne sont pas nécessairement liées. D’autant qu’il faudrait cesser d’avoir, dans ce pays, des politiques éducatives en accordéon. Le mini-baby-boum que connaît le France depuis 1998 va nous mener, d’ici dix à quinze ans, de nouveau, à des années d’augmentation considérable du nombre d’étudiants potentiels. Il est extrêmement important de se projeter vers l’avenir, de se demander de quel type d’université a besoin notre société.

Frédérique Bassino. Nous ne devons pas occulter les conséquences de l’évolution du marché de l’emploi. Dans les années 1970, on allait à l’université pour se cultiver, en sachant qu’on pouvait s’arrêter à n’importe quel moment et trouver du travail. 1990 a marqué la progression du chômage chez les cadres, donc, en particulier, chez les diplômés de l’université. Dans ces conditions, les filières à caractère professionnalisant - écoles d’infirmières, pharmacie, médecine - attirent davantage que les filières longues, qui donnent une formation générale et dont l’emploi de sortie est moins clairement identifié. Autre remarque : l’effondrement du nombre de bacheliers scientifiques qui poursuivent leurs études dans cette direction. Le phénomène est général et ne concerne pas seulement l’université. De nombreux élèves des grandes écoles d’ingénieurs choisissent des carrières dans le domaine du commerce et de la finance.

Si certaines de vos appréciations divergent, ne peut-on dégager des points de convergence dans l’état des lieux que vous dressez ?

François Vatin.Il faut être bien clair sur le diagnostic. Je suis tout à fait d’accord sur la nécessité d’en finir avec les politiques de recrutement en accordéon. Il n’empêche que la fraction de la tranche d’âge des dix-huit à vingt-cinq ans qui suivent une formation supérieure continue à augmenter. Autrement dit, ce n’est pas cette question démographique globale qui explique la chute des effectifs de l’université, mais la sélection négative qu’elle subit de la part des étudiants et de leur famille. Il faut bien mesurer que c’est un drame pour l’université. Les secteurs universitaires qui s’en sortent le mieux sont en effet ceux à caractère professionnalisant, mais, plus que cela, ce sont ceux qui disposent d’un monopole professionnel : médecine, pharmacie, d’un côté ; droit, de l’autre. Nos collègues juristes ont eu très peur, il y a quelques années, quand on a donné le droit à Sciences-Po de préparer au concours du barreau (3). Nous connaissons cette situation depuis longtemps dans les sciences et les sciences humaines, car, sauf en psychologie, nous ne disposons de monopole sur aucun espace professionnel. Il en est de même en sciences.

Frédérique Bassino. Il y a la baisse des effectifs, mais une des raisons pour lesquelles les premiers cycles ne sont pas attrayants, c’est le taux d’échec, un problème complexe dont la solution passe à l’évidence par l’augmentation du taux d’encadrement. Envisager les problèmes de l’université en lien avec l’ensemble de l’enseignement supérieur, d’accord. Mais je ne vois pas en quoi cela répondra au problème concret de l’échec scolaire. Nous avons longtemps été mis sur la défensive sur la question des moyens. On ne pourra plus éviter de la mettre sur la table.

Jean-Louis Fournel. Dans la logique qui nous est imposée aujourd’hui, la professionnalisation est réduite à l’employabilité immédiate. Or, l’université a le devoir de ne pas raisonner uniquement sur le court terme. Nous avons été trop timides, nous avons accepté le discours de gens qui n’ont qu’un rapport extrêmement labile avec la tradition universitaire, qui raisonnent à partir du champ de l’économie. Nous avons accepté de rendre dicibles des positions qui ne l’étaient pas en France il y a vingt ans, comme le mépris exprimé aujourd’hui par nos gouvernants pour tout un pan de la culture universitaire. Ceci n’est pas un épiphénomène, c’est la traduction d’une bataille culturelle. Nous devons en tenir compte pour, tous ensemble, ne plus être sur la défensive et élaborer des propositions pour une université qui retrouve le sens de ses valeurs.

Isabelle Bruno. Le constat établi par François Vatin est incontestable, mais je ne comprends pas très bien la relation de cause à effet qu’il en dégage. Depuis 1984, le nombre d’étudiants a presque été multiplié par 4 (on est passé d’environ 650 000 à 2,5 millions), alors que le personnel universitaire n’a augmenté que de 30 %. Cela explique en grande partie l’orientation d’un grand nombre d’étudiants vers des filières où ils peuvent effectivement bénéficier d’un suivi plus étroit. Et si on observe aujourd’hui un fort taux d’échec en licence à l’université, la principale cause en est le sous-encadrement pédagogique, avec des travaux dirigés à 30-35 étudiants et des amphis à 600. C’est le sens de notre mobilisation : refuser de gérer la pénurie de moyens ! Il faut rappeler que 600 millions d’euros de crédit d’impôt recherche sont offerts aux entreprises, alors qu’avec seulement 1,5 % de cette somme, on aurait pu créer 1 000 postes dans les universités.

François Vatin. Ne confondons pas la période qui va jusqu’au milieu des années 1990, qui est marquée par une croissance exponentielle des effectifs dans l’université, et celle qui suit, qui est au contraire caractérisée par leur réduction dans la plupart des secteurs, médecine, pharmacie et droit exceptés. Réduction qui s’est accélérée au cours de ces dernières années. Sans doute la question des moyens est importante et la sous-dotation de l’université française est un scandale historique que nous avons malheureusement longtemps toléré. Mais, paradoxalement, la crise survient alors que l’évolution des effectifs étudiants est à la baisse. Il faut probablement poser le problème autrement, notamment en se penchant sur la répartition globale des moyens publics nationaux, mais aussi régionaux, voire locaux, entre les universités et les autres formations d’enseignement supérieur. J’aimerais que l’on en discute, en particulier au niveau des régions. Compte tenu de la multiplication des écoles privées, il faut aussi que l’on discute globalement de la participation des familles au coût de l’enseignement supérieur, et pas seulement de la question des droits d’inscription.

Jean-Louis Fournel. Nous sommes d’accord sur une bonne partie du diagnostic. « Sauvons l’université » est née du refus de la paupérisation mais aussi du refus de la concentration du pouvoir dans un petit nombre de mains, notamment celles des présidents d’université. Or, il est apparu que le problème allait se poser aussi dans le secondaire, avec les nouvelles prérogatives envisagées pour les principaux de collège et les proviseurs de lycée, et dans le primaire, à travers la création des établissements publics d’enseignement primaire. L’objectif étant de donner aux chefs d’établissement la possibilité d’embaucher sans limites du personnel contractuel, donc précaire, et d’octroyer à des conseils d’administration composés pour partie de représentants du monde économique et politique, une autonomie de gestion partielle. Cette perspective est une catastrophe absolue pour le niveau de formation des enfants de ce pays, de la maternelle à l’université. Ce qui est en train d’être mis en place a un caractère global et une très grande cohérence. Nous devons en tenir compte

Quelles pistes de réflexion et d’action voyez-vous pour la prochaine période ?

Jean-Louis Fournel. Ce mouvement dure depuis quatre mois, il est totalement inédit. Quels que soient par ailleurs les résultats revendicatifs, il a un acquis, c’est le fait que notre communauté a recommencé à se penser comme acteur possible de sa propre transformation. Elle n’est plus dans la logique, dominante depuis quinze ans, d’une forme de passivité face aux réformes qui nous étaient imposées en rafales tous les deux ou trois ans. C’est extrêmement positif, et cela permet de repenser les choses de façon plus efficace, parce qu’au-delà de l’analyse idéologique que l’on peut faire, le problème fondamental, c’est qu’on ne réforme pas l’université contre la communauté universitaire. Mme Pécresse va partir sans doute vers d’autres horizons, mais l’université reste en place, et il faudra bien trouver des solutions.

Isabelle Bruno. Cette réflexion a tout à gagner à prendre une envergure européenne. Ce sera le cas, en particulier, ce samedi le 30 mai, au « 104 » rue d’Aubervilliers, au cours d’une journée de rencontres européennes organisée par le collectif Printemps 2010, qui réunit une quinzaine d’organisations syndicales et associatives. Autour du thème « Pour une autre Europe du savoir », des enseignants-chercheurs britanniques, allemands, italiens ou grecs viendront témoigner de leurs situations et de leurs mobilisations nationales. L’idée est de susciter un débat citoyen sur l’avenir que nous souhaitons pour l’enseignement supérieur et la recherche en Europe, d’échanger des expériences militantes et de préparer un contre-sommet européen en mars 2010, pour faire entendre notre voix sur la scène européenne, voire internationale.

Frédérique Bassino. Cette dimension européenne est l’une des nouveautés très importantes de ces mobilisations dans l’université. Elle avait déjà commencé à prendre forme dans la préparation du contre-sommet de Louvain et du sommet de Turin. Des liens se sont créés et nous avons pu mesurer que les questions qui sont posées en France le sont aussi dans les autres pays européens. Plusieurs d’entre eux connaissent des mobilisations étudiantes et universitaires. Je pense notamment à la Grèce et à l’Italie. Nous avons aujourd’hui besoin de faire vivre une concertation entre les différents mouvements pour gagner sur des questions de fond comme celle de l’université.

François Vatin. La façon dont la communauté universitaire, pour la première fois, s’est prise en main, a essayé de réfléchir à la situation des universités françaises est très significative. L’appel que nous avons lancé avec notre « Manifeste » s’inscrit dans cet esprit. On a beaucoup reproché aux universitaires d’être dans une attitude négative. Nous avons relevé le défi, en réunissant autour d’une table des personnes d’horizons idéologiques extrêmement divers, avec des opinions différentes, y compris sur la loi LRU. On s’est aperçus alors qu’il était possible d’arriver à un diagnostic commun et à quelques propositions que nous avons lancées dans le débat public. Sans doute avons-nous une bataille à mener contre une certaine idéologie anti-académique, développée avec un cynisme étonnant par le pouvoir politique national actuel, mais il nous faut aussi gagner plus généralement une bataille de l’opinion pour faire valoir la signification des études universitaires. Il faut tenir les deux bouts entre valeurs académiques et demande d’accès à l’emploi. Pour cela, je prendrai le problème dans l’autre sens. Quel type de formation souhaitons-nous, en France, pour ceux qui sont amenés à occuper des fonctions d’encadrement de tous types ? Et il me semble que nous pourrions nous mettre d’accord sur la nécessité de disposer d’une véritable politique de l’enseignement supérieur en France, ce que nous n’avons pas.

Isabelle Bruno. Si on se réfère au rapport d’étape de la révision générale des politiques publiques, il y a bien des lignes directrices et un tableau de bord avec des objectifs édictés clairement par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. C’est une façon gestionnaire de « piloter » les universités, mais cela reste une politique publique. Il nous faut donc résister à ce mode managérial de gouvernement qui informe le contenu des politiques néolibérales.

François Vatin. Elle ne porte pas sur la totalité de l’enseignement supérieur. Et, par exemple, sur une labellisation des établissements qui délivrent des diplômes ou sur la qualification qu’on peut exiger de personnes qui reçoivent des étudiants après le bac.

Jean-Louis Fournel. Si elle ne porte pas là dessus, c’est parce qu’elle ne le veut pas. Et il faut bien dire que cette politique est celle qui est préconisée par l’OCDE depuis vingt ans, qu’elle est explicitée dans les textes de l’OMC. À cet égard, il est terrible que la question universitaire soit totalement absente de la campagne des élections européennes. C’est la raison pour laquelle, pour apporter sa contribution à ce débat capital sur l’université dans l’Union européenne, SLU a décidé de rendre public un texte d’interpellation circonstancié, adressé aux citoyens, aux partis politiques et aux candidats aux élections européennes. (4)

Frédérique Bassino. Parmi les divers maux dont souffre l’université, il y a l’insuffisance de moyens. Une véritable politique d’enseignement supérieur passe aussi par donner à l’université les moyens dont elle a besoin pour accomplir sa mission.

(1) Le processus de Bologne vise à créer un espace européen de l’enseignement supérieur d’ici à 2010. Il a débuté en 1999 avec la signature de la déclaration de Bologne. Le G8 des universités a réuni à Turin, les 18 et 19 mai 2009, des responsables d’université de 18 pays.

(2) Le « Manifeste pour la refondation de l’université française » a recueilli 4 888 signatures depuis le 13 mai. petitions @ alter.eu.org

(3) Ce concours donne le droit d’exercer la profession d’avocat.

(4) En accès libre sur le site de Mediapart : http://www.mediapart.fr/club/edition/observatoire-des-reformes-des-systemes-de-formation-enseignement-et-recherche/article-89>

Table ronde réalisée par Jacqueline Sellem

jeudi 26 mars 2009

Le Cnrs entre aussi dans la lutte

Plusieurs centaines de personnes occupent le siège du Cnrs. Présent sur place, j'ai pu constater qu’'après avoir bousculé la réunion du Conseil d¹administration qui n’a pu se prononcer que sur des points techniques lors d’une réunion en catimini tenue sans les élus du personnel, une manifestation s’est introduite dans les locaux du Cnrs, à Paris (photo ci-contre lors d’un rassemblement).

Les manifestants ont été réunis à l’appel de plusieurs syndicats et de Sauvons la Recherche. Ils entendent protester contre les réformes qui «découpent le Cnrs», exigent le rétablissement des postes supprimés, contestent le fonctionnement de l’Agence nationale de la recherche... Devant le durcissement de la direction - Catherine Bréchignac a même un instant tenté de refuser de recevoir Alain Trautmann sous prétexte qu’il serait «agent INSERM», alors qu’il est directeur de recherche au Cnrs - les manifestants ont décidé de lancer une occupation du siège. Au moment où je suis parti, ils lancaient des appels téléphoniques à leurs collègues dans les laboratoires pour obtenir du renfort...

Un communiqué paru ce matin informe que :

639 directeurs d’unités associées au CNRS (UMR, UPR, FR, FRE, GDR… ) avaient répondu le mardi 24 mars à minuit à la consultation lancée lors de la journée du 14 mars. 624 directeurs (soit près de 98%) se sont prononcés en faveur du texte des 10 points fondamentaux (les demandes des directeurs de laboratoires,lire ci dessous) et 15 on voté contre.

Sur l’ensemble des exprimés, 78 % se déclarent en faveur d’une suspension des activités de direction à partir du 30 mars tant que les 3 points clefs préalables (lire ci dessous) n’auront pas trouvé une solution satisfaisante permettant de passer à l’examen des 10 points fondamentaux. Il appartiendra bien entendu à chaque directeur de définir les modalités de cette suspension de manière à éviter des conséquences graves pour les personnels de son laboratoire. 20% sont défavorables aux actions proposées.

Les organisateurs de la journée du 14 mars (B. Chaudret, Y. Langevin, Y. Laszlo) tiendront au courant la communauté scientifique au travers des directeurs de laboratoires d'éventuelles avancées du ministère, avec une particulière attention à l’obtention de réponses concrètes aux 3 points clefs préalables.

Les 10 points fondamentaux sont les suivants :

► 1) Les EPST doivent continuer à jouer un rôle majeur pour la structuration nationale de la rechercheLogo_prcaire_inside dans le contexte international, ce qui exige un rôle d’opérateur fort. En ce qui concerne le cas du CNRS, ceci suppose la continuité thématique et la coordination avec les autres acteurs, en particulier les Universités. Pour jouer ce rôle, le CNRS doit disposer d’une direction collégiale avec un conseil scientifique fort. ► 2) Les UMR sont au coeur du système, leur création et leur renouvellement doivent être décidés sur critères scientifiques exclusivement. Elles doivent disposer d’un statut unique. ► 3) Les contrats d’objectifs doivent comporter un engagement sur les moyens nécessaires (notamment humains, chercheurs et ITA) pour le CNRS, les organismes et bien entendu les Universités. ► 4) Il faut définir un plan pluriannuel d’emplois à 3 ans et une prospective à 10 ans pour éviter les effets « d’accordéon » dans le nombre des recrutements des universités et des organismes. Cette programmation doit avoir pour objectif de maintenir et de développer l’emploi scientifique permanent, d’analyser et de réduire la précarité, notamment la proportion de CDD dans les personnels ITA. ► 5) Il est urgent de rééquilibrer les financements actuellement attribués sur projets (ANR…) au bénéfice d’une remise à niveau du soutien de base, soutien de base modulé en fonction de l’évaluation quadriennale des laboratoires. Il faut rationnaliser les appels d’offres en tous genres en ménageant un espace important pour les projets transverses. ► 6) Les directeurs de laboratoires demandent que la communauté scientifique soit associée à l’évaluation du crédit impôt recherche et de son impact, en particulier en terme d’embauche des docteurs en entreprise. Sur la base de cette évaluation, un rééquilibrage vers la recherche publique devrait être envisagé. ► 7) Le programme blanc de l’ANR doit être porté à 50% des crédits comme annoncé. De plus, lesObs_paris_banderole instituts CNRS et autres EPST doivent prendre en charge la définition des programmes thématiques de l’ANR. Les coûts induits de ces programmes doivent être reversés aux laboratoires sous forme de « préciputs labo ». ► 8) Le dispositif des chaires organisme-université est inacceptable. Il doit être remplacé par des délégations renforcées (avec environnement) jusqu’à 5 ans pour des maîtres de conférences nouvellement ou récemment recrutés qui doit garantir qu’une telle délégation ne coûte qu’un poste pour l’ensemble organisme-université. Il faut donc financer le dispositif et récupérer dès 2009 les 130 postes perdus par an. Ce dispositif doit compléter une approche globale du problème de la charge d’enseignement des enseignants-chercheurs ► 9) Les directeurs de laboratoires réaffirment leur attachement au recrutement d’enseignants-chercheurs ou de chercheurs jeunes. ► 10) Les directeurs de laboratoires demandent une mise en oeuvre rapide et significative des points positifs du rapport Aimé sur la gestion des laboratoires.

Les trois points considérés comme un préalable à toute négociations sont les suivants ► Attribution sur liste supplémentaire au concours 2009 des postes supprimés notamment par la mise en place des chaires dont 90 au CNRS ainsi que de postes ITA. ► Engagement du Premier ministre sur l’intégrité des organismes ainsi que sur leur rôle d’opérateurs. ► Mise en chantier d’un plan pluriannuel de l’emploi scientifique.

jeudi 12 février 2009

Université. Quatre dossiers chauds, autant de solutions

Humanite, 11 février 2009

Université. Quatre dossiers chauds, autant de solutions Décryptage des principales raisons de la colère dans les facs et des pistes pour y remédier.

Statut des enseignants-chercheurs

Ce que propose le gouvernement : la mise en application de l’autonomie des universités via le décret sur le statut des enseignants-chercheurs et la modulation de leur service. Les présidents d’université seraient alors chargés de répartir les heures dédiées aux cours et celles dédiées à la recherche.

Ce que dénonce la communauté universitaire : les pleins pouvoirs des présidents d’université dans une gestion individuelle des carrières, une modulation des services qui se traduirait par un alourdissement des services d’enseignement au détriment de la mission de recherche, la dépossession du CNU (Conseil national des universités) de toute gestion nationale des carrières des enseignants-chercheurs. Et, à terme, l’exclusion du statut d’enseignant-chercheur de la fonction publique.

Les alternatives : la coordination nationale des universités réclame la restauration des cadres nationaux des diplômes et des statuts. Par ailleurs, collectifs universitaires et syndicats (SNESup-FSU, SNTRS-CGT, SLR, SLU, SUD éducation…) demandent l’ouverture de négociations pour améliorer les conditions de travail des enseignants-chercheurs. Cela suppose d’alléger par des créations d’emplois leurs services en prenant pleinement en compte leurs autres activités (recherche, administration…). Pour cela, tous réclament la réorientation des moyens budgétaires dès 2009.

« Mastérisation » des concours

Ce que propose le gouvernement : la réforme de la formation et des concours de recrutement des enseignants du secondaire a pour but de transférer la compétence de la formation aux universités. Les étudiants devront réaliser un master (bac + 5), la deuxième année de stage n’étant plus rémunérée. L’allongement des études a pour but l’accès des professeurs des écoles et des titulaires du CAPES à un degré de qualification et de rémunération supérieures.

Ce que dénonce la communauté universitaire : le nombre de places aux concours de recrutement étant moindre que celui des potentiels lauréats aux masters d’enseignement, le nouveau système va créer une masse importante de recalés, ces étudiants seront dès lors une cible privilégiée pour des recrutements sur des contrats précaires. À terme, c’est l’existence même du concours national qui est visée, ainsi que la disparition des IUFM. Par ailleurs, la revalorisation des traitements annoncée ne concerne que les débuts de carrière et n’a jamais fait ld’un chiffrage précis.

Les alternatives : les collectifs d’enseignants et de futurs professeurs demandent la mise en place d’un moratoire sur la réforme en cours. Objectif : proposer, après une large consultation, une autre réforme des concours d’enseignement. En attendant celle-ci, ils demandent le maintien des concours 2010 en l’état pour donner le temps à cette autre réforme de voir le jour.

Démantèlement des organismes de recherche

Ce que propose le gouvernement : une stratégie nationale de recherche et d’innovation pour aligner les performances des services publics et des administrations sur la productivité des grandes entreprises.

Ce que dénonce la communauté universitaire : le gouvernement veut découper les organismes comme le CNRS en instituts pour mieux les piloter (en interdisant, par exemple, des projets scientifiques autonomes) et les évaluer par le biais de systèmes de classements automatiques. Au lieu de la coopération, le système promeut la compétition permanente entre scientifiques. Les universitaires sont pourtant déjà très souvent évalués par leurs pairs, et ce tout au long de leur carrière. D’ailleurs, la recherche française ne se porte pas si mal : elle tient le 6e rang mondial, pour un budget, rapporté au PIB, placé, lui, au 26e rang.

Les alternatives : après les états généraux de la recherche, en 2004, un rapport de cent pages avait mis en avant de nombreuses propositions de réforme, aujourd’hui ignorées par le gouvernement. Les scientifiques avaient notamment proposé l’amélioration de leur évaluation, fondée sur les principes du jugement par les pairs, sur l’examen approfondi des dossiers et sur le pluralisme des instances, pour limiter le jeu des lobbys et des clientèles. Autre demande concrète : l’augmentation régulière d’un milliard d’euros par an du budget, « pour garantir une recherche diversifiée et de qualité ».

Suppressions des postes

Ce que propose le gouvernement : un plan de relance et d’investissement pour la restauration des universités, qui bénéficiera en priorité aux entreprises du secteur des services et de l’industrie.

Ce que dénonce la communauté universitaire : la suppression de 1 090 postes et le développement de la précarité de l’ensemble de la communauté universitaire. Sans compter les « 900 emplois qui seront supprimés en 2009, moitié dans les organismes et moitié dans les universités. Il y aura 296 suppressions au CNRS, 86 à l’INRA, 59 à l’INSERM », détaille Henri Audier, de Sauvons la recherche. L’UNEF fait la même analyse : « On tente de nous faire croire à une augmentation du budget de 1,8 milliard d’euros, alors que plus de la moitié de celle-ci s’évapore dans des exonérations fiscales et l’inflation ».

Les alternatives : la Coordination nationale des universités demande la titularisation des personnels contractuels, le retrait du contrat doctoral, la restitution des postes supprimés et la résorption de la précarité chez les enseignants, les chercheurs, les personnels IATOSS et ITA par un plan pluriannuel de création de postes. Autre requête : un plan à destination des étudiants intégrant notamment l’augmentation du nombre et du montant des bourses.

Décryptage réalisé par I. D.

lundi 5 janvier 2009

L'enseignement supérieur et la recherche en danger

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Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche vient de diffuser un projet de décret sur le statut des universitaires qui concrétise la loi sur la responsabilité des universités (LRU) - d'autonomie des universités d'août 2007.

Deux réformes majeures sont prévues. D'une part, la possibilité d'une modulation des services d'enseignement est introduite en fonction de l'intensité et du niveau de la recherche de chaque universitaire : avoir une activité de recherche "soutenue" permettrait d'enseigner moins ; ne pas remplir cette condition exposerait à devoir enseigner plus. D'autre part, l'essentiel du déroulement de la carrière (recrutement, avancement, octroi de primes ou de congés sabbatiques et modulation des services) est confié à l'instance universitaire locale, vidant de sa substance le statut de fonctionnaires d'Etat maintenu par le décret pour les professeurs et maîtres de conférences.

Les signataires du présent texte proviennent de disciplines diverses, leurs opinions politiques, leurs appartenances syndicales sont variées, mais ils sont unanimes à considérer qu'un tel projet est, en l'état, inacceptable. Ils ne se mobilisent pas seulement pour défendre leur statut et leurs droits, mais aussi parce que, demain, si les réformes annoncées s'appliquaient, le service public auquel ils sont attachés en serait affaibli, et les premières victimes en seraient ses premiers usagers, les étudiants qu'il leur incombe de former.

Ce projet est d'abord inacceptable parce qu'il repose sur une logique de défiance à l'égard des universitaires, suspectés de ne pas accomplir correctement leur double tâche d'enseignement et de recherche. Faire dépendre le service d'enseignement de critères d'évaluation de la recherche - pour l'instant incertains -, c'est risquer d'assimiler l'activité noble qu'est l'enseignement à une sanction. Cela revient en tout cas à introduire entre les deux missions des enseignants-chercheurs une hiérarchie : ou bien un bon enseignant n'a nul besoin de s'adonner à des recherches, ou bien un chercheur peu productif suffit à faire un enseignant performant.

Ce projet est ensuite inacceptable parce que, à supposer qu'on admette le principe d'une modulation des services liée à une évaluation permanente de l'activité de recherche, les modalités proposées pour cette modulation ne garantissent nullement contre l'arbitraire. Le pouvoir de décision serait en effet aux mains du président d'université (ou du directeur d'établissement) et du conseil d'administration, le second étant conçu par la loi LRU comme un instrument du premier.

Le projet de décret accentue les effets nocifs de la loi LRU, qui a concentré tous les pouvoirs aux mains des présidents d'université. Or dans les universités des pays comparables, si le pouvoir de gestion est entièrement confié à la présidence conçue comme une instance administrative, celle-ci ne détient pas légitimement le pouvoir académique, qui relève des universitaires. En outre, compte tenu des contraintes budgétaires, rien ne garantit que la modulation ne soit le cheval de Troie de l'augmentation du service d'enseignement.

Ce projet est enfin inacceptable parce que, en vidant de son contenu le statut de fonctionnaires d'Etat des universitaires, il porte une grave atteinte aux libertés académiques sans lesquelles il n'y a pas d'universités dignes de ce nom. Depuis des années, le ministère de l'enseignement supérieur s'attaque à la ressource la plus précieuse de l'universitaire : son temps d'autonomie. C'est grâce à lui qu'il peut féconder son enseignement par ses lectures, ses recherches, ses échanges avec d'autres spécialistes, en France et à l'étranger.

Le projet de décret poursuit méthodiquement cette traque de deux manières. D'une part, il vise à transformer l'universitaire en un "employé de l'université" bon à tout faire : non seulement de l'enseignement et de la recherche, mais aussi de la direction d'unités de recherches, de l'ouverture vers l'international, de l'orientation professionnelle, du tutorat, de la levée de fonds, de fonctions d'intendance ou de secrétariat pour lesquelles le personnel administratif qualifié n'est pas assez nombreux. D'autre part, ce texte méconnaît le principe pour lequel le statut de fonctionnaire d'Etat a été conféré aux universitaires : pour garantir leur liberté. Celle-ci est la condition essentielle du développement de leur vocation : associer l'enseignement à la recherche dans un cadre serein et approprié.

Si l'assimilation bureaucratique de l'université à une "entreprise", et de l'enseignant-chercheur à un "employé" comme les autres, ne s'arrête pas, tout le monde y perdra. Non seulement les universitaires, incités à déserter une institution de plus en plus hostile, mais aussi les étudiants, exposés à voir diminuer la qualité de leurs formations en raison de la fuite, déjà entamée, de leurs meilleurs enseignants, et enfin l'université elle-même. Les réformateurs veulent à tout prix normaliser vers le bas une institution qu'ils comprennent mal et à laquelle ils sont étrangers. Rien d'étonnant à cela : ceux qui tiennent la plume du ministre et donc, de facto, celle du pouvoir législatif et du pouvoir réglementaire, sont justement ceux qui ont troqué la toge d'universitaire contre l'habit de conseiller du Prince.

Le ministère n'a jamais été aussi dirigiste que depuis qu'il prétend octroyer aux universités leur autonomie. Il serait grand temps qu'il daigne écouter les universitaires, c'est-à-dire ceux qui "sont l'Université", comme le disait si justement Simon Leys. Ils lui diront le fossé abyssal qui existe entre les beaux discours sur l'excellence, ou encore sur le pari de rendre attractives les universités françaises, et la réalité qui se dessine déjà : celle d'universités abandonnées au féodalisme et au clientélisme d'administrateurs locaux.

Loin d'être partisans du statu quo, nous sommes les mieux placés pour connaître l'ampleur des problèmes rencontrés par l'université et l'urgence de les résoudre. Mais en raison du déséquilibre manifeste qui est ici introduit entre les obligations (étendues) et les droits (restreints) des universitaires, nous demandons au ministère de suspendre la procédure d'édition de ce décret et de procéder à des amendements importants, de façon à redonner à ce statut l'équilibre grâce auquel il est une garantie institutionnelle au profit non seulement des universitaires, mais de l'université.

Olivier Beaud, juriste, Paris-II ; Guy Carcassonne, juriste, Paris-X ; Christophe Charle, historien, Paris-I ; Jean-François Chanet, historien, Lille-III ; Jean-Pierre Demailly, mathématicien, Grenoble-I ; Philippe Dumas, physicien, Aix-Marseille-II ; Jacques Elion, biochimiste, université Paris-Diderot ; Pierre Encrenaz, astronome, université Pierre-et-Marie-Curie et Observatoire de Paris ; André Guyaux, littérature, Paris-IV Sorbonne ; Olivier Ihl, politiste, IEP Grenoble ; Bernard Lahire, sociologue, ENS-LSH (Lyon) ; Sandra Laugier, philosophe, université de Picardie ; Franck Lessay, angliciste, Paris-III-Sorbonne nouvelle.

vendredi 6 juin 2008

Le CNRS A BESOIN DE DEMOCRATIE ,PAS DE DEMANTELEMENT !

Près d’un an après avoir fait adopter au pas de charge et à la sauvette la loi LRU , Valérie Pécresse poursuit avec méthode l’œuvre de mise au pas et de saccage du service public d’Enseignement Supérieur et de Recherche . A nouveau , c’est le coup de force : instances nationales consultatives bafouées , décisions ne laissant aucune prise au moindre élément de négociation ; le véritable démantèlement de l’Organisme Public pilote de Recherche fondamentale de notre pays auquel Mme Pécresse se livre ne correspond à aucune des exigences de la communauté scientifique . Celle-ci ne veut pas du status quo mais exige au contraire de voir un outil public performant mieux à même d’intervenir pour contribuer à résoudre les défis considérables de notre temps . Avec ce mauvais coup , les Sciences Humaines sociales d’une part , les Sciences du Vivant, l’Informatique d’autre part sortent du périmètre du CNRS ; il s’agit de livrer ces deux domaines de recherche à des appétits, qui pour être divers ,n’en sont pas moins convergents : la droite française a cherché depuis longtemps l’occasion de mettre les sciences humaines et sociales au pas des exigences du Medef ; la pensée critique fondamentale du système actuel et des gâchis humains qu’il engendre n’est plus de mise ; les Sciences du Vivant , comme l’Informatique , chacune sur un mode approprié verront leur développement subordonné aux processus de brevetage et d’asservissement aux logiques financières les plus prédatrices .On comprend mieux ainsi le vote du groupe UMP sur les OGM dont il est notoire que les groupes de pression de l’agro-alimentaire ont jusqu’au dernier moment pesé sur les décisions parlementaires .Ce gouvernement décidément est nuisible ! Il veut une science asservie. Le PCF , totalement solidaire des actions en cours , appelle à la construction d’alternatives progressistes avec l’ensemble des acteurs de la recherche et l’ensemble des forces sociales et politiques attachées à une politique de recherche démocratique , garantissant l’indépendance intellectuelle et la logique du service public .

jeudi 29 mai 2008

Découpe du CNRS

Le PCF dénonce la vente à la découpe du CNRS

Un an après avoir fait adopter aux forceps la loi LRU, Valérie Pécresse poursuit aujourd’hui son entreprise de démolition avec le démantèlement du CNRS.

La proposition de la Ministre ne correspond à aucune des exigences de la communauté scientifique. A l’opposé du status quo, les scientifiques exige un outil public performant, capable d’intervenir pour contribuer à répondre aux défis considérables de notre temps.

Plutôt que d’engager un dialogue constructif avec la communauté scientifique pour construire une réforme ambitieuse, La Ministre annonce sa volonté de supprimer les sciences humaines et sociales, les sciences du vivants et l’Informatique des domaines de compétence du CNRS. La droite cherche à mettre au pas des exigences du Medef, les sciences humaines et sociales afin d’imposer une idéologie et de combattre toute pensée critique fondamentale du système actuel.

De plus, les sciences du vivant comme l’informatique verront leur développement subordonné aux processus de brevetage et d’asservissement aux logiques financières les plus prédatrices.

Cette nouvelle tentative de coup de force pour asservir la science est inadmissible. Malgré ses récentes déclarations à l’Assemblée nationale, Valérie Pécresse ne défend pas le CNRS, elle organise sa vente à la découpe. Le PCF est pleinement solidaire des actions en cours. Il appelle à la construction d’alternatives progressistes avec l’ensemble des acteurs de la recherche et des forces sociales et politiques attachées à une politique de recherche démocratique, garantissant l’indépendance intellectuelle et la logique du service public.

Parti communiste français

Paris, le 28 mai 2008

jeudi 10 janvier 2008

D’Alembert et la loi pécheresse

Par Pierre Crépel, historien des sciences, CNRS, université Lyon-I

Vient de sortir le volume I/4a

des OEuvres complètes de D’Alembert, intitulé Textes de mathématiques pures (1745-1752), établi, présenté et commenté par Christian Gilain, historien des mathématiques. Cet ouvrage, publié par CNRS-Éditions, contient une centaine de pages d’introduction donnant l’état de l’historiographie du sujet, les explications en termes modernes ou explicites ; il se poursuit par les textes intégraux de D’Alembert avec toutes leurs variantes, le tout enrichi de notes d’éditeur ; y sont joints des bibliographies, index, etc. Les écrits présentés ici (en partie inédits) sont ceux de la grande gloire mathématique de l’auteur, avec notamment « le théorème fondamental de l’algèbre ».

On voit donc de près l’élaboration de la pensée d’un savant au travail, sur des sujets qui vont apparaître fondamentaux dans les siècles suivants. Les éditions critiques et commentées ont justement cet avantage de ne pas présenter les ouvrages célèbres comme des produits finis, c’est-à-dire des objets morts, mais au contraire d’identifier les questions, les obstacles, les difficultés, de mettre l’accent sur les noeuds et les polémiques, sur les cadres de pensée dans lesquels on baigne et d’où l’on sort quelquefois, de montrer pourquoi et comment les savants surmontent l’adversité, cherchent et trouvent, individuellement et collectivement. Et c’est évidemment cela (plus que les seuls résultats obtenus) qui est instructif pour le chercheur et le citoyen aujourd’hui.

Ce volume, qui est un événement, correspond à une dizaine d’années de travail du meilleur spécialiste de la question et au résultat de l’activité d’un groupe multiforme de chercheurs préparant les OEuvres complètes de D’Alembert en environ 60 volumes, selon un classement chronologico-thématique : mathématiques, Encyclopédie, écrits littéraires, historiques et philosophiques, correspondance.

Le projet est donc tout à fait clair et calibré. Sauf exceptions, chaque volume a entre 400 et 600 pages et une architecture voisine de celle décrite plus haut. Deux autres volumes sont déjà sortis, les tables des matières des ouvrages en cours sont faites, la plupart des collaborateurs désignés, les cahiers des charges précisés, chaque ouvrage est relu avec soin par deux réviseurs extérieurs. Le projet a été approuvé par toutes les instances compétentes du CNRS et a reçu sous diverses formes le parrainage ou la reconnaissance de la Société mathématique de France, de l’Académie des sciences,

de la Société d’études sur le XVIIIe siècle, de cinq ou six universités ; l’entreprise est internationale, liée de près à d’autres éditions d’oeuvres comme celles d’Euler, des Bernoulli, de Leibniz, de Voltaire, de Diderot. En outre, ces publications sous forme imprimée doivent déboucher aussi sur des éditions électroniques, dont

le cahier des charges (délicat) est en cours de constitution. Comment faire plus interdisciplinaire, plus européen, plus reconnu, plus moderne, plus lisible et débouchant davantage sur des « produits » qui peuvent même se vendre ?

Pourtant, de l’agenda de Lisbonne sur l’économie de la connaissance au rapport Lévy-Jouyet sur celle de l’immatériel, du processus de Bologne à la loi pécheresse (Pécresse) en passant par le Pacte pour la recherche, la création de l’Agence nationale de la recherche (ANR), afin de moderniser et de « désarchaïser » les universités, on nous explique depuis quelques années que la recherche française serait plus efficace, voire sauvée, si elle passait enfin à la « culture de projet ». C’est pourquoi on supprime ou on tarit les crédits « récurrents » (c’est-à-dire ceux versés aux laboratoires pour être utilisés librement par les chercheurs selon leur conscience et leur compétence professionnelle) et on les transforme en crédits finalisés dont les thèmes sont décidés par des politiques et des « experts » nommés par les politiques. En d’autres termes, les universitaires et chercheurs des établissements publics, indifférents aux besoins sociaux, auraient naturellement tendance à rester dans leur tour d’ivoire, à considérer la recherche comme une sorte de chasse aux papillons ; en outre, trop spécialisés, le nez dans le guidon, ils auraient une vision purement locale des choses ; au contraire, seules quelques instances du pouvoir, des affaires et du prestige seraient à même de connaître les grands et vrais enjeux globaux. C’est du moins la justification qu’on nous donne pour cette fameuse « culture de projet ».

Or l’édition des OEuvres complètes de D’Alembert rentre dans tous les clous et toutes les cases. En plus, elle ne manque ni de « global », ni de « politique », puisqu’elle est liée par son auteur même aux relations entre sciences et techniques, politiques des sciences et philosophie. Par diverses initiatives prises pour travailler sur les savants contemporains, elle est même directement en prise avec des collectivités locales. Et, pour tout couronner, il s’agit d’un projet peu coûteux et sans risque : pas de microscopes électroniques, pas de synchrotrons, pas de fusées, pas de gaz à effet de serre, pas de contamination possible par la grippe aviaire.

On pourrait donc croire que les hautes autorités, mues uniquement par l’intérêt général, vont sauter de joie et donner au groupe D’Alembert un budget honorable régulier, laissant aux chercheurs un minimum de sérénité pour pouvoir travailler et publier leurs volumes sans entraves particulières. Eh bien, pas du tout. À l’heure où j’écris ces lignes, le groupe D’Alembert ignore s’il disposera du moindre euro fixe pour 2008. Il doit, comme les autres, rédiger rapport sur rapport pour émarger à des « actions concertées incitatives », des « bonus qualité recherche », des « soutiens exceptionnels », des « clusters », etc., auprès de l’Agence nationale pour la recherche, des bureaux de l’Europe, de la région, du ministère, de ceci ou de cela. Plutôt que d’étudier les équations aux dérivées partielles ou de transcrire les archives, il faut donc passer son temps à rédiger, sous les formes changeantes qui plaisent à tel ou tel instant, des projets souvent applaudis par les autorités mais rejetés parce qu’ils ne s’adressent pas au bon bureau au bon moment, puis à rédiger d’autres rapports pour prouver qu’on a bien utilisé l’argent à ce à quoi les autorités l’avaient destiné.

Travailler dix heures pour arriver à ce qu’on pourrait faire en deux ou trois : c’est le gaspillage surorganisé des énergies, engraissant des parasites et des institutions qui tournent souvent pour elles-mêmes, quand ce n’est pas au profit d’intérêts moins avouables. Mais rassurez-vous : mon labo, qui a reçu 1 800 euros TTC par an, pendant trois ans pour une « action concertée incitative », aujourd’hui terminée, aurait pu utiliser cet argent pour envoyer l’un des siens suivre un seul stage de deux jours à 1 260 euros HT afin d’apprendre à « monter une proposition compétitive dans le 7e PCRD »,

c’est-à-dire « à obtenir des financements européens ». En effet, la société Vitamib, dirigée par un professeur de l’université Joseph-Fourier de Grenoble, explique heureusement ceci à nos universitaires : « Face à la compétition accrue entre les propositions, seuls les projets construits avec professionnalisme et intégrant

les nouvelles règles du 7e PCRD

ont des chances de succès. »

Travailler plus pour trouver moins.

jeudi 3 janvier 2008

« Oser penser par soi-même, c’est résister à toutes les formes d’emprises »

Philippe Meirieu, pédagogue et professeur à l’université Lumière-Lyon-II, donne son point de vue sur la portée éducative du club culturel d’Aubervilliers.*

Que vous inspire le projet des Voraces ?

Philippe Meirieu. C’est

un projet extrêmement ambitieux culturellement.

Je dis ambitieux et essentiel

car une des tentations

catastrophiques consisterait à se cantonner à des savoirs purement fonctionnels et d’orienter les élèves systématiquement vers une culture technologique et industrielle, sous prétexte que ce sont des jeunes d’Aubervilliers.

Dans vos réflexions sur la pédagogie,

vous mettez en rapport le concept d’instruction et d’émancipation.

Comment s’articulent-ils ?

Philippe Meirieu. Certains considèrent l’instruction comme un formatage dans le seul but de s’approprier des savoirs techniques, coupés de l’intelligence du monde. C’est une conception taylorienne qui donne certains résultats. Mais l’émancipation ne dépend pas uniquement d’une réussite scolaire. Elle correspond plutôt à la capacité des élèves à vivre les apprentissages, l’instruction et la transmission des savoirs comme une démarche active. Ils sont alors capables de comprendre, au-delà d’un rapport marchand et bancaire, le monde dans lequel ils vivent pour s’émanciper de leurs propres préjugés, de toutes les formes de stéréotypes et de servitude.

Vous évoquez la nécessité de faire partager aux élèves à la fois une culture

de l’intime et une culture commune.

Ces éléments ne sont-ils pas les moteurs du désir d’apprendre ?

Philippe Meirieu. À travers une expérience comme celle des Voraces, l’école est capable de montrer aux élèves que ce qui les préoccupe à un niveau personnel, à l’instar des questions de l’amour, de la mort ou de l’avenir du monde, trouve écho sous diverses formes d’expressions artistiques et culturelles. Ces découvertes les aident à mieux se penser eux-mêmes. Les savoirs ne sont pas des obstacles semés sur le parcours de l’élève par un professeur sadique, dans l’espoir de le faire trébucher. Ces savoirs ont été élaborés par des hommes qui ont joué un rôle subversif dans l’histoire. Subversif parce qu’ils ont incarné des questions fondamentales et permis l’émergence d’interrogations nouvelles. Cela comporte une question fondamentale : l’école est-elle le lieu d’un savoir un peu fossilisé dont l’appropriation n’aurait d’autre objectif que de réussir les examens ou bien l’école est-elle

le lieu de la découverte et du partage d’une culture d’une humanité des hommes

en train de s’émanciper,

de penser leur destinée

et de créer des moyens

de la transcender ?

Vous considérez l’émancipation

comme une condition

du bon exercice

de la démocratie…

Philippe Meirieu. Le lien est clair. D’une part parce que, contrairement à d’autres régimes (théocratie, monarchie), le principe

de la démocratie consiste

en l’exercice du pouvoir par le peuple. Le lieu du pouvoir est vide par définition. Nul n’est habilité à l’occuper en permanence et nul ne doit avoir la prérogative d’y demeurer à jamais. On peut imaginer une dictature sans éducation émancipatrice. À l’inverse, on ne peut pas imaginer une démocratie qui ne se donne pas la peine d’aider les sujets à comprendre le monde et à s’y exprimer. À cet égard, l’émancipation reprend la vieille formule des lumières de Kant, « sapere aude ». Oser penser par soi-même, c’est résister à toutes les formes d’emprises des sectes, des clichés, de la télévision et des marques. Nike, Sony et les rouleaux compresseurs médiatiques qui exercent sur les jeunes une interdiction de penser. En ce sens, le principe de laïcité est particulièrement d’actualité car il s’agit bien d’une lutte contre toutes les formes d’idéologie allant du darwinisme au maillon faible. Les Voraces donnent ainsi aux élèves les moyens de résister contre l’emprise et la médiocrité.

Les projets culturels et éducatifs ont

des effets positifs. Pourtant, ils ne sont pas monnaie courante dans

les établissements. Pourquoi ?

Philippe Meirieu. C’est vrai mais heureusement certains font l’hypothèse formidable que la force et l’énergie des jeunes, en particulier ceux qui sont en difficulté, ne sont pas destructrices et qu’elles peuvent être métabolisées. C’est le pari de l’éducatif. Le chemin est long et les résultats ne se calculent pas. Dans une économie de l’efficacité, on ne peut pas évaluer avec précision l’efficacité de la prévention… Il faut donc que les collectivités locales soutiennent ceux qui font ce pari.

Dans votre livre, vous citez une formule

de Jean-Luc Godard : « C’est la marge

qui tient la page » en l’appliquant

à la pédagogie…

Philippe Meirieu. Oui, la pédagogie est toujours à la marge. Progressivement, il arrive qu’elle se développe et revienne au centre du système… Cette marge, ce sont les profs qui ne se résignent pas à des formes de cultures médiocres. On assiste à une politique étriquée de retour aux vieilles méthodes en oubliant que pour certains élèves la culture fait partie des fondamentaux et peut permettre de retrouver le goût des savoir-faire de base, le fameux « Lire, écrire, compter ». La culture s’avère être la meilleure manière de mobiliser l’intelligence et le dynamisme des élèves.

  • Auteur de Pédagogie : le devoir de résister, 2007, ESF Éditeur.

Entretien réalisé par I. D.

mercredi 4 avril 2007

L’école à la croisée des chemins

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« Former des citoyens libres et égaux, pas des "employables" »

Transformer le système éducatif doit se faire « dans et hors l’école », plaide le responsable communiste Bernard Calabuig.

Responsable du réseau École du PCF, Bernard Calabuig a coécrit avec José Tovar l’École en quête d’avenir.

En quoi votre projet se distingue-t-il de celui des autres formations politiques ?

Bernard Calabuig. Nous proposons, non pas de simples réformes à la marge, mais de nous attaquer à la fonction même de reproduction des inégalités sociales de l’école. Nous voulons rompre avec cette fonction pour laquelle l’école a été inventée. Après-guerre, le mouvement social a limité ce phénomène, en permettant un début de démocratisation de l’accès à l’école. Mais aujourd’hui, le libéralisme reprend le dessus et vise à casser le système public d’éducation pour adapter l’école aux besoins d’une économie libérale mondialisée. Le but de cette école n’est pas de former des citoyens libres et égaux, mais de former des gens « employables » par les entreprises.

S’attaquer aux inégalités « hors et dans l’école », comment cela se traduit-il concrètement ?

Bernard Calabuig. On ne peut parler d’école d’égalité et de réussite pour tous dans une société où plus d’un million de familles vivent en dessous du seuil de pauvreté. Mais on ne peut pas attendre de résorber les inégalités dans la société pour s’occuper du système éducatif. Nous proposons donc de mettre en place un observatoire des scolarités, qui vise, dans chaque département, à dégager des diagnostics précis pour attribuer les moyens en recherche et humains nécessaires au recul de l’échec scolaire. Nous proposons aussi un fonds d’action qui permettrait de débloquer de l’argent pour la recherche pédagogique et de lancer des mesures de gratuités.

Singularité de votre projet : vous voulez relever l’âge de la scolarité obligatoire à dix-huit ans...

Bernard Calabuig. Si on veut que l’école forme des citoyens capables de comprendre le monde dans lequel ils vivent, sa mission doit être de donner un haut niveau de culture commune. Cela passe par une scolarité obligatoire de trois à dix-huit ans. Avec un « droit opposable » pour les familles qui veulent scolariser leurs enfants dès deux ans.

Beaucoup d’élèves décrochent bien avant dix-huit ans. Comment les amener au bout de leur cursus ?

Bernard Calabuig. Chaque année, 14 % des élèves décrochent. Si l’école n’est pensée que pour travailler avec les élèves qui maîtrisent les acquis de l’apprentissage, on oublie beaucoup d’enfants. Il faut penser l’école par rapport aux fils et filles des familles les plus populaires. Cela passe par un personnel mieux formé et plus nombreux, ainsi qu’une prise en charge, par le système éducatif, de l’aide au devoir.

Comment financer ces moyens supplémentaires ?

Bernard Calabuig. Il ne peut y avoir de mesures de financement pour chaque problème. C’est une question globale : sortir des logiques du libéralisme, augmenter les salaires, assurer d’avantage de justice sociale... Cela nécessite une véritable réforme de la fiscalité. Non pas en réduisant l’impôt, mais en le diminuant pour les plus pauvres et en l’augmentant pour les plus riches. Marie-George Buffet propose ainsi d’ajouter deux tranches à l’impôt pour le rendre plus progressif. Cela implique aussi de taxer les revenus financiers, de sortir du pacte de stabilité... Aujourd’hui, l’État dépense environ 5 % de son PIB pour l’Éducation nationale. En 1993, cette part était de 7,1 % du PIB. Ce qui implique, en plus des 60 000 postes supprimés, d’en créer 150 000 autres.

l L’école en quête d’avenir

a été coécrit par Bernard Calabuig, responsable du réseau École du PCF,

et José Tovar, membre du même réseau et enseignant en Seine-Saint-Denis.

Les auteurs livrent ici leur diagnostic sur l’école. Refusant de donner une « recette-miracle », ils ambitionnent

de « mettre en débat sur la scène politique des propositions concrêtes ».

L’École en quête d’avenir, Éditions

Syllepse. 166 pages, 10 euros.

Entretien réalisé par Vincent Defait