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Actus humanite.fr 08-08-2008 Ossétie du sud : lourds combats entre Russie et Géorgie Sans parvenir à un accord, le Conseil de sécurité de l’ONU a exprimé son inquiétude devant l’aggravation de la situation en Ossétie - où les combats font rage entre Géorgiens et Ossètes soutenus par la Russie.

L’armée russe a annoncé samedi avoir repoussé les forces géorgiennes hors de la capitale d’Ossétie du Sud, province séparatiste où Moscou entend rétablir la situation qui prévalait avant l’offensive de vendredi.

La Géorgie a toutefois démenti avoir perdu le contrôle de Tskhinvali, et assuré au contraire occuper totalement la ville. Artillerie géorgienne contre bombardements aériens russes

L’aviation russe a porté le conflit au-delà du territoire ossète en bombardant des cibles en Géorgie comme le port de Poti situé au bord de la mer Noire, au deuxième jour d’un conflit qui a suscité l’inquiétude des puissances occidentales et donné lieu à de vifs échanges au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les autorités russes ont annoncé que le bilan des combats s’élevait à 1.500 morts et que 30.000 réfugiés d’Ossétie du Sud avaient gagné la Russie lors des dernières 36 heures.

Moscou a en outre reconnu la perte de deux avions de combat, abattus par l’armée géorgienne au-dessus de l’Ossétie du Sud, ainsi que la mort de quinze de ses soldats.

La riposte militaire de Moscou à l’offensive géorgienne contre les séparatistes ossètes s’est fortement intensifiée dans la nuit de vendredi à samedi avec l’envoi de nouvelles unités russes.

Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a annoncé samedi qu’il demanderait au parlement d’approuver l’application de la loi martiale.

"Je vais aujourd’hui signer un décret introduisant la loi martiale en Géorgie et le soumettre au parlement pour approbation", a-t-il déclaré devant le conseil de sécurité géorgien.

La Géorgie, a ajouté le dirigeant pro-occidental, "fait désormais face à une agression militaire de la Russie".

Moscou a accusé les pays occidentaux de contribuer à la violence dans la région en fournissant des armes à la Géorgie.

Le ministère des Affaires étrangères russe a notamment accusé l’Ukraine d’avoir encouragé la Géorgie à mener un nettoyage ethnique en Ossétie. L’Ukraine comme la Géorgie sont d’anciens républiques soviétiques désormais désireuses d’intégrer l’Otan.

La Géorgie est située au cœur de la région stratégique du Caucase, point de passage d’importants oléoducs et lieu de tensions entre les influences russe et occidentale.

L’aviation russe a mené cinq bombardements autour de la ville géorgienne de Gori, située en dehors de l’Ossétie, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Tskhinvali.

La majorité des cibles visées étaient des installations militaires géorgiennes en périphérie, mais une bombe est également tombée sur un immeuble résidentiel, faisant des morts.

Les forces aériennes russes ont en outre "complètement dévasté le port de Poti sur la mer Noire, site clef pour le transport de ressources énergétiques de la mer Caspienne" vers l’Europe, a assuré le ministère géorgien des Affaires étrangères.

Tbilissi a prévu de son côté de rapatrier ses soldats basés en Irak, dès que les Etats-Unis seraient en mesure de leur fournir un moyen de transport.

Les deux parties se rejettent mutuellement la responsabilité du conflit, initié aux premières heures de vendredi.

Le président américain George Bush doit faire une déclaration de Pékin, où il assiste aux Jeux olympiques.

Le représentant de la diplomatie européenne, Javier Solana, devrait quant à lui s’entretenir avec la présidence française de l’UE, le président ukrainien Viktor Iouchtchenko et le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon. Un millier de morts en quelques heures…

C’est vendredi matin que l’armée géorgienne avait lancé une vaste opération militaire pour reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud (voir nos repères historiques) dont la capitale Tskhinvali.

Réagissant à cet assaut de nombreuses forces russes composé de "volontaires" avait rejoint la capitale de l’Ossétie du sud afin de venir en aide à la région séparatiste, ouvrant à un affrontement direct entre la Géorgie et la Russie.

De violents combats dans et autour la capitale faisaient alors de nombreuses victimes civiles et militaires.

Le ministre sud-ossète des Nationalités, Teimouraz Kassaev, a fait état de plus d’un millier de morts en quelques heures dans la capitale provinciale, Tskhinvali, à la suite des tirs d’artillerie géorgiens.

A Tbilissi, un responsable des services de sécurité géorgiens a déclaré que des avions de combat russes avaient bombardé la base aérienne de Vaziani, à 25 km seulement de la capitale géorgienne.

L’aggravation de la situation humanitaire a conduit le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à demander l’ouverture d’un "couloir humanitaire" en Ossétie du Sud pour permettre l’évacuation des blessés.

Le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a fait état de dizaines de milliers de personnes privées de foyers par les combats. La bataille de Tskhinvali

Après avoir encerclées Tskhinvali, les troupes géorgiennes ont annoncé avoir pénétré dans le centre de la capitale ossète.

Des centaines d’habitants de la capitale de l’Ossétie du Sud, Tskhinvali, ont été tués dans l’offensive géorgienne, a annoncé vendredi le président de ce territoire indépendantiste, Edouard Kokoïty, cité par l’agence russe Interfax.

Il a ajouté que quatre chars géorgiens avaient été détruits sur une des places de la ville.

Tskhinvali a été "presque entièrement détruite par les nombreux bombardements à l’arme lourde", avait assuré le commandant des forces russes de maintien de la paix, le général Marat Koupakhmetov.

Des chars et des pièces d’artillerie russes ont "détruit" vendredi des positions géorgiennes autour de Tskhinvali, la capitale de la région indépendantiste d’Ossétie du Sud, a annoncé un responsable du ministère russe de la Défense cité par les agences.

"Les positions à partir desquelles les soldats géorgiens tiraient sur la ville de Tskhinvali et sur les soldats russes des forces de maintien de la paix ont ensuite étaient prises pour cible et détruites par le feu de l’artillerie et des chars de la 58e armée" russe, a déclaré Igor Konachenkov, un porte-parole des forces armées russes. Une guerre Russie-Géorgie

Le conflit a pris une tournure plus importante lorsque des centaines de volontaires venus de Russie et de l’autre région séparatiste géorgienne, l’Abkhazie, ont pris la direction de l’Ossétie du Sud afin de prêter main forte aux combattants séparatistes. Les affrontements ont fait de nombreuses victimes dont des soldats russes de maintien de la paix.

Signe d’un élargissement de la confrontation, le président russe, Dmitri Medvedev, a averti vendredi que la Russie ne laisserait pas "impunie" la mort de ses "compatriotes" en Ossétie du Sud, affirmant qu’elle défendrait les ressortissants russes "où qu’ils se trouvent", selon la télévision russe.

La plupart des quelque 70.000 habitants d’Ossétie du Sud, territoire séparatiste pro-russe en Géorgie, sont détenteurs d’un passeport russe, Moscou soutenant largement cette république géorgienne qui a unilatéralement proclamé son indépendance, non reconnue par la communauté internationale.

Faisant foi aux déclarations du président russe, des chars et des camions chargés de matériel militaire, ainsi que des combattants "volontaires", se sont dirigés vendredi vers l’Ossétie du Sud à partir de Vladikavkaz, la capitale de la république russe d’Ossétie du Nord.

De son coté, le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a accusé la Russie d’avoir lancé une "opération militaire à grande échelle" et d’avoir "largué des bombes" en deux endroits de l’Ossétie du Sud où les combats font rage. Cette déclaration faisait suite à celle du Premier ministre russe Vladimir Poutine qui avait en effet annoncé vendredi des « mesures de rétorsion » face aux « actes agressifs » de la Géorgie en Ossétie du Sud.

Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a affirmé vendredi que 150 chars et véhicules blindés russes étaient entrés en Ossétie du Sud et que deux avions de chasse russes avaient été abattus au-dessus du territoire géorgien.

"Cent cinquante chars russes, des véhicules blindés transport de troupes ainsi que d’autres véhicules ont pénétré en Ossétie du Sud", a-t-il dit lors d’un point de presse à Tbilissi.

"C’est une incursion flagrante sur le territoire d’un pays étranger. Nous avons des chars russes sur notre territoire et des avions au-dessus de notre territoire, en pleine lumière", a-t-il ajouté.

La Géorgie et la Russie seront "en état de guerre" s’il se confirme que des troupes et des armements russes sont entrés en Ossétie du Sud, avait déclaré le secrétaire du Conseil national de sécurité géorgien.

Depuis l’engagement russe ne fait plus de doute, la Géorgie et la Russie sont entrés dans une phase de confrontation directe sur le territoire d’Ossétie du sud. Nombreux appels à l’arrêt des hostilités

Des appels à la cessation des hostilités en Ossétie du Sud ont été lancés vendredi par les institutions européeennes et plusieurs pays occidentaux inquiets devant le risque d’un basculement dans la guerre totale de cette république séparatiste de Géorgie.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a exprimé son inquiétude mais n’a pas réussi à trouver un accord sur une déclaration appelant les parties à renoncer à la force.

En revanche, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), le Conseil de l’Europe et l’Union européenne ont demandé aux parties impliquées de cesser les hostilités et d’entamer des négociations.

Le président de l’OSCE, le Finlandais Alexander Stubb, a "exhorté les Géorgiens, les Ossètes du Sud et les Russes à mettre fin aux opérations militaires et à arrêter toute nouvelle escalade", indique un communiqué reçu à Vienne.

"Une guerre aurait un impact dévastateur pour l’ensemble de la région" du Caucase, a-t-il souligné.

Le Conseil de l’Europe a appelé vendredi à "un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel" en Ossétie, a affirmé le secrétaire général de l’organisation, Terry Davis, dans un communiqué publié à Strasbourg.

Le secrétaire général de l’OTAN Jaap de Hoop Scheffer a appelé "toutes les parties à un arrêt immédiat des affrontements armés et à (…) des discussions directes", a indiqué le porte-parole.

La Maison Blanche a lancé un appel similaire à des "discussions directes", selon un porte-parole qui accompagne le président George W. Bush à Pékin.

La France, qui préside l’Union européenne, a appelé à une "cessation immédiate des hostilités" en Ossétie et a affirmé qu’elle multipliait les contacts pour tenter de résoudre la crise.

Seules des négociations "peuvent permettre de trouver une issue à cette crise", indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères qui "réitère l’attachement de la France à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues".

La chancelière allemande Angela Merkel a appelé les parties "à la plus grande modération et à la retenue", et Londres a joint sa voix aux appels à un cessez-le-feu immédiat.

La Turquie, voisine de la Géorgie, a appelé instamment vendredi Tbilissi et l’Ossétie du Sud à ouvrir un "dialogue direct".

Repères historiques :

Ossétie du Sud : quelques repères L’inquiétant conflit qui se déroule actuellement entre la Russie, la Géorgie, et les indépendantistes de l’Ossétie du Sud nous fait nous interroger sur l’histoire de cette région du monde.

Nichée au cœur de la chaîne du Grand Caucase, de part et d’autre du mont Elbrouz, l’Ossétie, avec la dissolution de l’Union soviétique, en 1991, demeure coupée en deux : l’Ossétie du Nord acquiert le statut de république de la fédération de Russie en 1992, tandis que l’ancienne région autonome d’Ossétie du Sud est intégrée à la Géorgie.

La petite république autonome devient alors le théâtre de nombreuses tensions en proclamant son indépendance. Elle subit les conséquences de la guerre menée par les nationalistes ossètes pour le rattachement de l’Ossétie du Sud à l’Ossétie du Nord. À l’issue de deux années de guerre civile, des réfugiés ossètes en provenance de Géorgie affluent par milliers en Ossétie du Nord.

Pays de haute montagne, l’Ossétie est aussi faite de fertiles vallées dont les pentes sont couvertes de vergers, de vignes et de jardins. Sa position stratégique au cœur du Caucase en a fait une clef du contrôle militaire russe sur la région ainsi qu’un lieu de transit obligé des relations transcaucasiennes.

La question de l’Ossétie du Sud a empoisonné les relations entre la Russie et la Géorgie depuis l’éclatement de l’Union soviétique.

L’Ossétie du sud et donc la Géorgie sont situées au cœur de la région stratégique du Caucase, point de passage d’importants oléoducs et lieu de tensions entre les influences russe et occidentale. Bref historique depuis 1989

Novembre 1989 - L’Ossétie du Sud déclare son autonomie vis-à-vis de la République socialiste soviétique de Géorgie. S’ensuivent trois mois de combats.

Décembre 1990 - Nouveau conflit armé entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud, qui durera jusqu’en 1992.

Juin 1992 - Les dirigeants russes, géorgiens et ossètes signent un armistice à Sotchi et conviennent de la création d’une "force de paix" tripartite composée de 500 hommes de chaque composante.

Novembre 1993 - L’Ossétie du Sud rédige sa première Constitution.

Novembre 1996 - L’Ossétie du Sud élit son premier président.

Décembre 2001 - L’Ossétie du Sud porte Edouard Kokoity à la présidence. En 2002, ce dernier demande à Moscou de reconnaître l’indépendance de la république et de l’intégrer à la Fédération de Russie.

Janvier 2005 - La Russie approuve avec des réserves le projet de la Géorgie d’accorder une large autonomie à l’Ossétie du Sud si celle-ci renonce à l’indépendance.

Avril 2007 - Le parlement géorgien approuve la création d’une administration provisoire en Ossétie du Sud, ce qui provoque un regain de tension avec Moscou.

12 novembre 2006 - La République d’Ossétie-du-Sud tient un deuxième référendum sur son indépendance (le premier référendum de 1992 n’a pas été reconnu au niveau international). Une très large majorité des votants semblent s’être prononcés pour cette indépendance.

Juin 2007 - Les séparatistes d’Ossétie du Sud font état d’une attaque au mortier des forces géorgiennes contre Tskhinvali. Tbilissi dément.

Octobre 2007 - Echec des négociations entre l’Ossétie du Sud et la Géorgie sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Mars 2008 - En réaction à la demande - infructueuse - d’adhésion de la Géorgie à l’Otan, le parlement russe exhorte le Kremlin à reconnaître l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.

16 avril 2008 - Le président russe Vladimir Poutine ordonne à son administration d’établir des liens officieux avec ses homologues d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie. La Géorgie estime qu’il s’agit d’une violation des règlements internationaux.

20 avril 2008 - La Géorgie accuse l’aviation russe d’avoir abattu un avion sans pilote géorgien au-dessus de l’Abkhazie. Moscou dément, mais une enquête des Nations unies valide ultérieurement la thèse géorgienne.

21 avril 2008 - Tbilissi parle d’"acte d’agression international". Moscou réplique en accusant la Géorgie d’entretenir délibérément la tension.

29 avril 2008 - Moscou envoie des troupes supplémentaires en Ossétie du Sud. Le lendemain, l’Otan accuse la Russie d’accroître la tension.

6 mai 2008 - Le déploiement des renforts russes rend "très proche" la perspective d’une reprise des hostilités, prévient Tbilissi.

5 juillet 2008 - Le nouveau président russe Dmitri Medvedev exhorte son homologue géorgien Mikhaïl Saakachvili à éviter de provoquer de nouvelles tensions dans les régions séparatistes de Géorgie.

8 juillet 2008 - Des avions de combat russes pénètrent dans l’espace aérien géorgien au-dessus de l’Ossétie du Sud pour, selon Moscou, "refroidir les esprits à Tbilissi". Deux jours plus tard, la Géorgie rappelle son ambassadeur à Moscou.

4 août 2008 - Les séparatistes ossètes affirment que l’artillerie géorgienne a tué au moins six personnes dans des bombardements. Moscou accuse Tbilissi de recours excessif à la force.

8 août 2008 - Tbilissi annonce que ses forces ont "libéré" la majeure partie de la capitale d’Ossétie du Sud, Tskhinvali, et accuse la Russie de se livrer à une opération militaire "de grande envergure" contre la Géorgie.