Roland Gori, professeur de psychopathologie et initiateur de l’Appel des appels, participe au forum du Front de gauche.

« On manque de relais politiques pour transmettre notre message. L’initiative du Front de gauche nous paraît être un bon début pour combler ce déficit ». C’est ainsi que Roland Gori, professeur de psychopathologie à l’université d’Aix-Marseille et initiateur de l’Appel des appels, explique le sens de sa présence, ce soir, au forum parisien de la Mutualité. « Il ne s’agit pas de nous aligner sur les positions d’un parti. Mais nous avons cru déceler, avec le Front de gauche, un souci d’assurer ce relais. »

Pour le scientifique, la

mobilisation de diverses professions d’intérêt général (soins, information, culture, recherche, etc.) révèle une « conception politique » qui transcende la singularité des métiers : « L’Appel des appels fait le constat que les secteurs professionnels ayant en charge la sauvegarde du bien public sont confrontés à des souffrances qui révèlent une pathologie de civilisation. Au-delà des symptômes, chacun se plaint de la même chose : l’idéologie de l’homme économique, plongé dans la recherche du profit immédiat, des résultats de court terme, et de la rentabilité maximale. »

Un mal qui s’accompagne de son cortège de flexibilité,

de précarité, de casse des statuts, mettant à mal le coeur même des métiers visés. « Le trait commun à cette offensive idéologique est la tentative de nous faire accepter cette marchandisation de notre travail, comme une forme de soumission volontaire. C’est pourquoi la conception que l’on se fait de nos métiers est hautement politique. » « À tous les secteurs de la société est appliquée une prescription purement idéologique, qui consiste à réformer nos métiers au nom de valeurs qui se sont pourtant avérées toxiques dans les secteurs mêmes qui les ont générées », explique le professeur, en allusion à la recherche effrénée du profit qui a déclenché la crise financière. Une crise qui, pour lui, ne se limite pas à sa dimension économique et sociale, mais est aussi « politique et morale ». « En refusant de brader le coeur de nos métiers, nous élevons une indignation morale et attestons d’un choix politique, éthique, social, confie-t-il. Nous avons vraiment besoin de partager nos expériences. »

L’Appel des appels entend ainsi sensibiliser l’opinion et les politiques à cette conception solidaire des professions qu’il rassemble, contre « la logique assurancielle, probabiliste et individualiste mise en oeuvre par les réformes sarkozystes ».

l'Humanite, 3 juillet 2009