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Comme chaque rentrée sous présidence sarkozyste, on ne peut qu'être dépité par la gestion des affaires publiques. Mais avant de rentrer dans les détails, un bref retour sur le contexte mérite le détour.

Il y a un an éclatait la dernière crise financière mondiale. Un an après, un an après des millions de licenciements de part le monde, un an après des plans de sauvetage faramineux où les états ont réussi à débloquer plusieurs milliers de milliards de dollars en quelques mois pour sauver les institutions financières, un an après les déclarations des fanfarons sur la réforme du capitalisme, on peut dire que rien n'a changé structurellement. Les actionnaires peuvent dormir tranquilles, les bénéfices du CAC 40 pourraient atteindre 60 milliards d'€. Car la logique même qui a conduit à la crise, l'accumulation de capital, est intouchée. L'inflation financière permise par un déséquilibre croissant entre les salaires et la finance, continue de plus belle avec les injections massives de capitaux sans conditions. Les polémiques entretenues sur les bonus et sur les paradis fiscaux, pour salutaires qu'elles sont, ne permettent pas de cibler le problème de l'accumulation du capital dans le capitalisme. Mais ce qui est troublant est que cette crise dure. Elle dure très longtemps. Les premiers manifestations de la crise ont éclaté en 1973, mais elle n'arrive pas à se résorber. Depuis 2000, nous avons vécu la crise asiatique, russe, internet, en amérique latine, et maintenant la crise des subprimes. Nous vivons constamment la crise écologique. Le capitalisme est dans une impasse et il peine à trouver une nouvelle parade pour s'adapter à ses contradictions. La révolution informationnelle qui était envisagée comme sortie de crise semble même accroître les contradictions du système. Cela renforce notre conviction et notre détermination à imaginer un dépassement de ce système de production qui est à l'économie ce que la monarchie est à la politique. Dépasser le capitalisme, c'est oser dire qu'aujourd'hui, les financiers dont le métier est la gestion du risque lié à la fluidité de l'argent sont manifestement incapables de remplir leur mission dans le cadre du marché. Il s'agit aujourd'hui de mettre en débat la création d'un vrai service public de la finance, en passant notamment par la nationalisation des grandes banques. Il s'agit aujourd'hui de mettre en débat la conditionnalité du crédit sur des critères sociaux et environnementaux, par exemple en prenant appui sur des fonds régionaux. Il s'agit aujourd'hui de parler de démocratie dans l'économie, pour réaliser dans ce champ de l'activité humaine la même révolution que celle de 1789 en politique. Des alternatives existent et foisonnent, mais elles restent en sourdine dans l'ère médiatique. Il est de notre devoir de nous en emparer et de les mettre en débat.

D'autant plus qu'une deuxième crise moins visible situe aussi le contexte de cette rentrée. Je pense ici à la crise que vie la démocratie en ce moment. L'année dernière, le congrès s'est permis de voter la constitution européenne contre l'avis du peuple. Résultat, nous avons eu le record d'abstention cette année. La politique devient de plus en plus un spectacle où le débat citoyen fait place au combat d'ego à coup de médias amis interposés. Forte abstention, désintérêt, politique-spectacle, personnalisation des enjeux. Dans ce lit là, la social-démocratie est incapable d'être une force porteuse d'espoir. De partout en Europe. Alors même que la crise économique montre l'absurdité des thèses des néo-libéraux qui fabriquent les programmes de la droite, alors même que le contexte historique devrait pousser les citoyens à réclamer d'autres mesures, on constate l'inverse, un repli sur le connu. La gauche dans son ensemble, et la social-démocratie en particulier, sont incapables de porter l'espoir du changement. Avec comme conséquence, au mieux, un désintérêt de la chose publique et au pire, un retour des idées xénophobes et fascistes.

Dans ce contexte là donc, la droite amie du capital en profite pour remettre en cause les droits des salariés pour assurer les ceux du capital. On peut remarquer que dans tous les débats de la rentrée, on parle de taxer les travailleurs, mais sans toucher au détenteur du capital. C'est vrai pour la taxe carbone. Seuls les naïfs peuvent croire que l'intention est écologique. Mise en parallèle avec la suppression de la taxe professionnelle sur les entreprises, on comprend que la taxe carbone permet de transférer sur les travailleurs la fiscalité du capital. Et puis, le gouvernement parle d'augmenter le forfait hospitalier, d'augmenter de l'âge de départ à la retraite en annulant certains avantages pour les femmes. Il supprime des postes dans l'éducation nationale, privatise la Poste, nous pousse à travailler le dimanche, et il a fait passer cet été une loi permettant de licencier les fonctionnaires. Beaucoup de cadeaux aux salariés donc. Pendant ce temps là, les entreprises verront annulée la taxe professionnelle, seront exemptes de la taxe carbone pour souci de compétitivité, et le bouclier fiscal continuera cette année à reverser 80 000€ aux 3000 ménages les plus chanceux. On voit qu'il y a deux discours, l'un pour les salariés, l'autre pour le capital.

Et puis, histoire que la population ne sache plus quel sera la prochaine attaque, le gouvernement attaque aussi tous azimuts sur nos libertés. Il prévoit ainsi de réformer les institutions en déssaisissant les élus locaux de leur pouvoir au profit du pouvoir centralisé, et au passage en redécoupant les circonscriptions en faveur de la droite. Il prévoit aussi de réformer la justice en supprimant le juge d'instruction et en oubliant l'indépendance du parquet, permettant un réel contrôle d'un des rares contre-pouvoir par le pouvoir sarkozyste. Il est vrai qu'un autre contre-pouvoir, les médias, voient leurs présidents directement nommés par le président-roi, la logique est complète. Enfin, la loi Hadopi, vient marquer une volonté de la part des prétendus libéraux de contrôler ce nouvel espace de liberté que constitue le monde numérique.

La situation du moment ne permet donc probablement pas d'avoir beaucoup de satisfactions. D'autant que la teneur des débats politiciens est affligeante de vide. La droite obéit à son duce, mettant en veilleuse sa réflexion individuelle. Le centre est occupé par un homme à l'égo débordant. Et la gauche n'arrive pas à avoir une ligne claire. Les sociaux-libéraux, repris par le Modem, plaident maintenant ouvertement pour des alliances entre une partie de la gauche et le parti du Modem de droite, dont le seul dénominateur commun est l'anti-sarkozysme. Déjà, le débat sur les courses à l'ego a repris en vue des présidentielles de 2012, en oubliant au passage les régionales de 2010. Et pour assurer le spectacle, ils nous ont concocté les primaires, censées être la solution pour la gauche et qui risquent d'en être les fossoyeuses. Car dans cette politique-spectacle là, il n'y a nul place pour le débat citoyen. Et sans débat citoyen, pas d'espoir de changement en profondeur.

Dans ces conditions, comment travailler pour des réponses radicalement et structurellement progressistes ? Comment travailler à un rassemblement à vocation majoritaire sur un contenu à la hauteur des enjeux ? Telles sont les questions qui nous sont posées. Le premier exercice pratique concerne les futures régionales. Les communistes entendent amplifier la démarche qu'ils ont initiée de Front de Gauche, en tendant à l'élargir. Le parti de gauche affirme lui aussi vouloir continuer la démarche du Front de gauche, ainsi que Gauche Unitaire, issue du NPA. Tous deux sont pour des listes autonomes du PS au premier tour, et pour des fusions de second tour. Le NPA fait de l'indépendance au PS une condition intangible et refuse pour le moment la participation à des exécutifs régionaux. Le PCF entend porter le débat sur le projet afin de décider courant novembre de sa stratégie. Il propose ainsi que le Front de Gauche organise plusieurs « ateliers thématiques nationaux», lieux de confrontation de toutes les forces de gauche, ainsi que des forces du mouvement social. Ces ateliers auraient pour but de « faire commencer à émerger les grands axes d'un nouveau projet transformateur ». Ainsi, « le Front de gauche  n'est pas figé et doit s'élargir, en refusant à la fois la résignation face aux logiques capitalistes, et la résignation à prendre le pouvoir ». Bref, il s'agit de construire des contenus politiques capables de transformer la société, de porter des projets politiques qui fassent des régions des pôles de résistance aux politiques libérales, des pôles de promotion d'un nouveau type de développement social et écologique. Et il s'agit de faire conquérir des majorités capables de faire avancer ces projets dans les régions, avec notamment le maximum d'élus communistes. Sur la section, nous allons avoir de nombreuses réunions afin que cette démarche soit l'affaire de tous les communistes, et que nos choix soient le fruit d'un processus démocratique.